Cette histoire est celle de la création d’une nouvelle équipe qui n’en est pas vraiment une. L’annonce, il y a dix mois, de la séparation, du divorce devrait-on dire, d’Omega Pharma et du Lotto aurait pu signifier la fin d’une belle aventure, née en 2007. Au contraire, dans le sillage de Philippe Gilbert ses partenaires d’alors avaient relevé le gant et ils avaient conquis aussi la première place mondiale à l’interéquipes.

Le groupe aurait pu ne pas survivre, se déliter ou ne pas se remettre en tout cas au départ du Wallon et au passage d’un de ses deux sponsors dans le camp d’en face. Rien de tout cela n’arriva. Dix mois plus tard, c’est en fanfare que Lotto-Belisol a entamé la saison 2012. À six succès d’André Greipel, en Australie et à Oman, il convient d’ajouter le critérium enlevé le 1er janvier en Australie par le Néo-Zélandais Greg Henderson et l’étape gagnée par Gianni Meersman au Portugal.

Malgré le drame vécu par Jurgen Roelandts, sur lequel on comptait particulièrement dans la formation belge pour les épreuves du printemps, Marc Sergeant et ses adjoints ne peuvent que se réjouir du travail accompli. À quelques jours du début de la saison en Belgique, le manager brabançon nous a reçus chez lui, dans la ville qu’il occupe avec son épouse Christelle sur les flancs du Bruineput. Là, il est revenu longuement sur les derniers mois et la formation de l’équipe Lotto-Belisol qu’il dirige avec Bill Olivier, son pendant administratif.

La séparation

“Tout a commencé avec l’annonce que la Loterie et Omega Pharma ne continueraient pas ensemble. C’était quelques jours à peine après Liège-Bastogne-Liège. Plus que surpris, car on savait que les contrats arrivaient à échéance et depuis des années leur renouvellement n’avait pas été automatique, nous étions déçus. Ça avait été chaque fois oui, cette fois, c’était non. Philippe Gilbert venait de remporter sa série de victoires dans les classiques, l’équipe marchait du tonnerre. On savait que les sponsors avaient des divergences de vues sur les intérêts commerciaux et les projets, mais quand même, à ce moment, ce fut une douche froide. Bien sûr, chaque histoire à une fin et celle-ci y était arrivée.”

La continuation

“J’ai eu rapidement une discussion avec Marc Frederix, de la Loterie, et Marc Coucke, le patron d’Omega Pharma. Après quelques jours, je l’ai prévenu que je ne le suivrais pas. Je n’ai pas hésité longtemps à suivre la Loterie nationale. Elle a été finalement le fil rouge de ma carrière, comme coureur d’abord, puis comme coureur et enfin comme manager. En fait, je ne voulais pas changer, faire exploser ce groupe et retomber dans une autre équipe. J’avais connu cela en arrivant avec Domo chez Lotto, en 2003. La saison précédente, nous étions des rivaux et du jour au lendemain, il fallait faire cohabiter les deux groupes. C’est très difficile, ça prend du temps et de l’énergie. Finalement, je pense que c’est une bonne chose que Marc Coucke et Omega Pharma aient rejoint seuls Patrick (Lefevere) et Quick Step. À part un mécano et un soigneur, la majorité de l’équipe de l’an dernier, coureur et personnel, est encore ici. J’ai décidé assez vite de conserver la plus grande partie du groupe en tout cas de tout faire pour cela. Mais j’étais sous contrat exclusif avec l’entité Omega Pharma-Lotto jusqu’au 31 décembre et donc, je ne pouvais m’occuper d’une autre équipe. C’est pour cela que la Loterie a engagé la société de management sportif Golazo pour s’occuper du début de la constitution. Bob Verbeeck a servi d’intermédiaire aux côtés de Marc Frederix et de la Loterie pour les négociations avec d’éventuels sponsors, pour les voitures, les vélos… Puis, fin août, Bill Olivier est arrivé de chez Vérandas Willems-Accent. Il a fait du très bon boulot.”

Le départ de Gilbert

“Une semaine après Liège-Bastogne-Liège et l’annonce de la séparation, il était clair dans mon esprit que Philippe s’en irait. Il m’avait invité à Monaco, j’ai été le voir. On a discuté franchement et tranquillement. Je n’avais plus l’espoir de le conserver même s’il m’a dit que lui aurait aimé rester avec ce groupe. Mais il m’a fait part des propositions qu’il avait reçues et de son point de vue. À l’époque, j’étais persuadé que c’était impossible qu’il roule pour une équipe belge. Avec le recul et ce que je sais de l’importance du budget d’Omega Pharma – Quick Step avec la présence de Bakala (NdlR : le milliardaire tchèque qui en est devenu propriétaire), je me dis qu’eux auraient pu se le payer. Mais, je n’avais plus d’espoirs et je le comprenais parfaitement. On ne pouvait pas rivaliser. Philippe m’a dit :” J’ai travaillé des années pour arriver où je suis. Je dois signer le contrat de ma vie, je dois avoir des certitudes, des garanties. Plusieurs équipes me proposent du concret…” Je lui ai dit qu’il avait tout à fait raison. Nous, on avait un projet, mais pas de co-sponsor, pas de licence WorldTour. Je ne pouvais que lui faire des promesses. Dans ma tête, c’était fini et c’était normal. Tant qu’il est resté avec nous, il a suivi la construction de la future équipe, mais il était déjà parti. Chez Omega Pharma, je pense qu’ils ont cru jusqu’au bout qu’il les rejoindrait.”

La relance

“On ne pouvait pas baisser les bras. En mai et juin, j’ai eu de nombreuses discussions avec les coureurs et le personnel qui étaient éparpillés à l’époque sur différentes courses, au Giro, au Tour de Belgique, au Dauphiné… J’ai tenu le même discours : “Ok, on va se séparer, mais vous devez être conscients que si vous commencez à en faire moins d’ici la fin de la saison, notamment parce que vous savez que vous allez partir, votre valeur sur le marché va aussi diminuer.” Tout le monde a compris le message. Les coureurs ont continué à rouler comme des bêtes, personne n’a vu la différence de rendement et de résultats avant et après cette année et nous avons enlevé le classement mondial en fin d’année. Une énorme fierté !”

Le Tour de France

“Ce fut un moment important, notamment parce qu’à partir de là, les choses vont très vite pour la signature des contrats. On a bien avancé et pourtant, on a eu des jours difficiles. Il y a d’abord eu l’affaire Vansevenant, puis la chute de Van den Broeck. Et deux ou trois fois, on a eu des coups de g… à l’arrivée. À Mûr de Bretagne d’abord, quand Jurgen a attaqué et que Gilbert a sauté dans sa roue sans pouvoir aller plus loin comme il l’avait fait le premier jour. Quand Jurgen a vu les images dans le bus, il n’était pas content. Deux fois aussi, Greipel a râlé après un sprint. Il a fallu faire preuve de psychologie, beaucoup discuter, avec les uns et les autres. Ensuite, après le départ de Van den Broeck, j’ai dû réinsuffler de l’énergie au groupe. Dire que nous avions encore des objectifs, remotiver le groupe. Heureusement, c’était un jour de repos, à Saint-Flour, et nous avons eu une bonne réunion.”

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