L'Ukrainien a survolé le chrono et pris le jaune

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE ERIC DE FALLEUR

RENNES Deux mois après avoir porté le maillot rose du Giro, Serhiy Honchar a revêtu hier le maillot jaune du Tour. Le coup double de l'ancien champion du monde du chrono (à Plouay en 2000) n'est en soi pas une surprise, dès lors que les écarts étroits avant le départ de l'étape présageaient de ce que le vainqueur de l'étape déshabille aussi Tom Boonen du maillot jaune que l'Anversois aura finalement porté durant quatre jours.

C'est bien évidemment les écarts importants et la faillite de plusieurs favoris ou présumés tels qui ont frappé les observateurs. Si, bien sûr, on ne sait pas qui va gagner le Tour 2006, on sait en revanche que beaucoup de gens, comme Leipheimer, Cunego, Mayo et même Popovych ou Hincapie l'ont plus que vraisemblablement perdu.

Personne ne peut imaginer que le rêve en jaune de Honchar dure deux semaines encore mais on aurait tort de considérer le rouleur ukrainien de la T-Mobile, 36 ans depuis lundi dernier, assurer un intérim sans lendemain. D'autant plus que c'est toute l'équipe allemande, pourtant décapitée dès avant le départ par l'élimination d'Ullrich (et accessoirement celle de Sevilla), qui a répondu présent sur les routes bretonnes.

S'il n'a jamais vraiment brillé au Tour, qu'il court pour la troisième fois, Honchar s'est déjà classé à huit reprises parmi les dix premiers du Giro, dont 2e en 2004 et 4e en 2001, où, à chaque fois, il s'est accroché en montagne et a brillé contre-la-montre. Il va donc vendre chèrement sa peau et son maillot jaune dans les jours à venir. "Je ne sais pas ce qui m'attend mais le Tour est la plus belle course du monde et je veux d'abord profiter de ce qui m'arrive", expliquait le héros du jour. "C'est un bonheur."

Parti sur les chapeaux de roues, en tête à tous les points de chronométrage intermédiaires, le champion ukrainien n'a pas faibli, augmentant régulièrement son avance sur tous ses adversaires, à l'exception de Sébastian Lang, lequel a fait jeu égal avec le futur vainqueur sur les deux derniers tiers de l'étape après avoir concédé plus d'une minute de retard après 16,500 km de course. "Jusqu'à 10 km du but, cela a été bien, j'étais dans le bon rythme", expliqua Honchar. "Mais sur la fin, j'étais en crise, d'autant que le vent soufflait alors de face. Mais j'ai trouvé les forces de m'accrocher."

L'Ukrainien termina à la cravache, dans un style peu esthétique mais qui se révéla efficace. "Malgré mon âge, je suis jeune dans ma tête", dit encore Honchar en rigolant. "Je suis jeune, motivé et je veux remercier T-Mobile de la confiance et la tranquillité qu'on m'a offertes. C'est d'ailleurs toute l'équipe qui a très bien marché aujourd'hui, preuve que nous étions prêts à 100 % pour aider Jan (Ullrich)."

Enfin, l'Ukrainien n'échappa pas à une question qui lui a déjà été posée à maintes reprises. "Je vous en prie, dites Gonchar, avec un G, en prononçant mon nom, expliqua-t-il. Il y a eu une erreur à l'administration et sur mon passeport, mon nom a été écrit avec un H, ce qui m'a obligé à changer tous mes papiers car j'avais des ennuis dans tous les aéroports."

E. d.F.

L'Ukrainien H(ou G)onchar a surpris tout son monde hier à Rennes, à commencer par les Américains dont certains ont déjà perdu le Tour de France.(photo news)