CINÉMA

Incendies est nominé aux Oscars pour le meilleur film étranger. L’actrice belge Lubna Azabal y tient le rôle clé

TOURNAI Pour sa soirée de clôture ce mardi à Tournai, le festival du film qui dérange, le Ramdam, avait programmé le film québécois Incendies et il accueillait l’actrice belge de cette fiction, Lubna Azabal, qui, par ailleurs, sera la marraine de la prochaine édition du festival. Dans Incendies, elle joue le rôle de Nawal Marwan, la mère de jumeaux québécois qui partent à la quête du passé de leur mère décédée, de leur père, de leur frère inconnu et de leur propre histoire, dans une région non nommée du Moyen-Orient.

Le même jour, les nominations des Oscars ont été dévoilées. Et Incendies, tiré d’une pièce de théâtre éponyme de Wajdi Mouawad, figure parmi les candidats pour le titre du meilleur film étranger. Rencontrée à Tournai, la Bruxelloise Lubna Azabal, pétillante et les cheveux bouclés en bataille, ne revenait toujours pas de cette nomination.

“C’est extraordinaire. Je suis très heureuse. Pour toute l’équipe aussi. Nous n’avions jamais pensé à cela. Un film en québécois et en arabe tourné en 40 jours et avec un budget de 4 millions… J’étais vraiment loin de m’imaginer tout cela.”

C’est peut-être aussi parce que c’est un film digne d’une tragédie grecque, parce que le film aborde des thèmes universels.

“C’est vrai, le film évoque des thèmes universels comme le pardon, et des questions importantes, comme : faut-il vraiment tout savoir sur son passé ? Aussi, on ne parvient pas à situer précisément l’action du film. Et pour l’arabe, le réalisateur Denis Villeneuve a voulu faire un mélange des différentes langues de la région, pour brouiller les pistes.”

Le jeu des acteurs joue aussi dans ce succès. La critique encense d’ailleurs votre prestation. Votre rôle a-t-il été difficile ?

“Quand j’ai lu scénario, et j’avais lu la pièce au préalable, j’ai été abasourdie, touchée. J’ai reçu une gifle… Du coup, quand j’ai appris que j’avais le rôle, j’ai vraiment été angoissée car le projet était énorme. Il était génial, et j’avais une certaine responsabilité. Si je loupais le personnage de Nawal, c’était vraiment limite… C’était difficile car le film est d’une force terrible et d’une extrême délicatesse. C’est une véritable poésie… J’ai paniqué. Mais je me suis très bien préparée, j’ai d’ailleurs dû apprendre l’arabe. Mon père est Marocain, mais d’origine berbère… Et puis, dès que je plonge dans le tournage, l’angoisse disparaît petit à petit, le plaisir prend le pas, et la magie s’opère.”

Le succès de ce film, votre prestation, la nomination aux Oscars, c’est un tremplin pour vous ?

“Si cela booste ma carrière, tant mieux, mais je n’y pense pas trop… Les films arriveront quand ils arriveront. Je laisse simplement les choses venir mais je tiens à rester libre. D’ailleurs, les gens ont du mal à me classer. J’ai un parcours sauvage et atypique.”

Vous avez déjà joué sous la direction d’André Téchiné dans Loin ou de Tony Gatlif dans Exils, et pourtant, vous n’êtes pas spécialement populaire en Belgique.

“Je ne cherche pas à l’être non plus. Et cela m’importe peu à vrai dire. Bien sûr, cela fait toujours plaisir lorsque l’on vous reconnaît dans la rue. Mais bon, cela me plaît également de pouvoir sortir avec les cheveux en pétard et que l’on me laisse tranquille.”

Vous avez déjà des projets pour l’avenir ?

“Là, je vais retravailler avec Jalil Lespert pour son nouveau film, Des vents contraires. Je n’ai pas abandonné le théâtre non plus. Je laisse toutes les bonnes choses venir à moi.”

Interview > Laurent Dupuis

“Mon rôle était difficile car le film est d’une force terrible et d’une extrême délicatesse. C’est une poésie, et je ne devais pas louper mon personnage.”