83 habitants… et un espace social pas si évident à appréhender dans cet endroit où se côtoient néerlandophones et francophones

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Et puis l’ère de l’industrialisation change la donne. Les ouvriers partent à l’usine. Un moyen pour eux de mieux gagner leur vie. La population commence dès lors à diminuer à partir des années 1950. Lentement mais sûrement. La désertion de la localité provoque la fermeture de l’école communale à la fin des années 1970. Les enfants se rendent dans les écoles des communes voisines.

Actuellement, aucun véritable commerce n’est à recenser. Signalons tout de même le bureau de poste, une permanence étant assurée un jour par semaine seulement. Un poste de police sans agents : “La police est basée à Tongres. Elle ne vient ici que s’il y a un souci.”

Un café, au nom de ’t Tholuyst (qui signifie “la douane”), est ouvert depuis quatre ans.

L’église néogothique Saint-Jean-Baptiste, quant à elle, interpelle. La porte est verrouillée. Selon une riveraine, il en est ainsi “parce qu’elle a été vandalisée dans le passé. Il faut demander les clés à la femme de ménage pour pouvoir y accéder.”

Un mini-cimetière à l’anglaise, constitué d’une quarantaine de tombes, vient encercler l’édifice culminant.

À Herstappe, on se trouve sur le sol flamand, dans le Limbourg, mais à la frontière de la province wallonne de Liège.

On y parle aussi bien le néerlandais que le français. Il s’agit d’une commune à facilités linguistiques. “Cette particularité explique pourquoi on ne s’est jamais rattaché ou regroupé avec d’autres villages. Les entités voisines sont uniquement néerlandophones. Pas moyen de s’unir”, explique le bourgmestre.

En ce sens, Herstappe n’a jamais été absorbée par Tongres, comme les communes de Lauw ou Rutten. Elle est toujours restée indépendante, isolée. Les noms des rues et des panneaux sont inscrits dans les deux langues, comme à Bruxelles. Cela dit, “ici il n’y a pas de querelles linguistiques”, plaisante Serge Louwet.

Illustration de cette bonne entente communautaire : la messe a lieu un dimanche en néerlandais et le suivant en français, sans poser le moindre souci.

Les problèmes seraient plutôt d’ordre politique. Un habitant souhaitant garder l’anonymat évoque la question. “Herstappe est divisé en deux groupes politiques. Ceux qui sont pour le bourgmestre et ceux qui ne le sont pas nécessairement. Les membres d’une famille votent tous pour le même candidat. Alors quand quelqu’un change d’opinion, c’est d’une certaine manière vu comme une trahison par les autres. Lorsqu’une parole est cassée, elle l’est pour toujours.”

Les relations entre les gens sont équivoques. “Ici, on est comme une grande famille. Il y a toujours des bons et des mauvais moments. S’il y a un mariage, un décès, tout le monde va venir à l’événement”, poursuit-il.

Mais qui dit famille ne dit pas obligatoirement “bonne famille”. Comme dans chaque fratrie, des tensions peuvent éclater et des clans se former. Dès qu’un trouble intervient, tout le monde le sait. “Les mentalités sont plus fermées ici qu’en ville. Dans une petite communauté, on a des principes, des valeurs qu’on doit respecter.”

Pour mettre les brouilles de côté, les locaux ont l’occasion de se réunir au moins une fois par an, l’été, lors de la foire organisée par l’association indépendante Les Amis de Jean Sans Peur. La commune microscopique a des projets modérés, des ambitions à son niveau. Il faut dire que son budget annuel ne dépasse pas les 60.000 euros. Le chef du village précise : “L’idée, c’est de faire le moins de dépenses possible, d’avoir un réseau routier et la maison communale en bon état. Ce sont les seules préoccupations de la commune; que la gestion se fasse au mieux. On veut avoir les avantages d’une ville. On a une cabine téléphonique publique, on a le gaz de ville, ce qui n’est pas le cas partout à Tongres, par exemple…”

Trouver des informations sur ce lieu pas comme les autres relève du parcours du combattant. Il n’existe pas de site internet. Tout au mieux, il est possible de rejoindre le groupe Facebook “Herstappe, commune anarcho-capitaliste” en flamand… Quoi qu’il en soit, investir dans la communication n’est pas une priorité pour les politiques. Les Herstappiens sont à l’aise dans leur milieu paisible et confiné et ne souhaitent pas attirer plus de gens. Le chemin cyclable, inauguré il y a dix ans, avait suffisamment bouleversé la vie locale !

Quentin Marceron (étudiant à l’UCL)

Herstappe est une commune à facilités située sur la frontière linguistique, ce qui explique qu’on n’a jamais tenté de la fusionner. marceron