Patrick Bruel a pris son temps pour peaufiner Lequel de nous

Au taquet : voilà dans quel état d’esprit on retrouve Patrick Bruel, à quelques jours de la sortie de son nouvel album. C’est qu’on vient de l’informer que son clip est fini et que ce serait bien qu’il vienne donner son feu vert avant diffusion. Du coup, branle-bas de combat, le chanteur décide de rentrer plus tôt que prévu à Paris et chamboule tout son planning. Du coup, aussi, il attend les questions comme un boxeur les coups sur un ring. Mais en plus détendu. Et même carrément de bonne humeur, puisque Lequel de nous, il le dit sans fausse modestie, est peut-être son meilleur album…

En fait, je crois que cet album sort aujourd’hui parce qu’il devait sortir aujourd’hui. Dit comme ça, ça peut paraître un peu con, mais si je l’avais sorti il y a deux ans, ça n’aurait pas du tout été le même album. Je n’étais pas prêt, je n’arrivais pas à aller au bout de mes sujets, de mes envies. Je ne trouvais pas les angles, j’avais trop de chansons. À chaque fois qu’on me proposait quelque chose, je sautais dessus : un film ? Oui. Un autre film ? Oui. Une pièce de théâtre ? Oui. Après avoir sorti ce livre d’entretiens (Conversation avec Claude Askolovitch, NdlR), je me suis dit que la solution était là, dans ce bouquin. Les choses se sont éclairées. À partir de mars ou avril 2012, je m’y suis mis. Du coup, on a mis à peu près le temps normal pour faire un album. Sur la fin, ça a été fort. Épuisant, mais fort.”

On a le sentiment d’être face à quelqu’un de plus apaisé. Peut-être, justement, parce que six ans se sont écoulés…

“L’apaisement, je ne sais pas, je ne suis pas sûr : je suis trop anxieux pour ça. Mais les angles avec lesquels j’ai pris les choses sont sans doute différents. Des sujets aussi lourds, âpres, que l’enlèvement d’une journaliste, ou des enfants que la violence morale sur internet conduit au suicide, je ne les aborde pas de manière vindicative mais par le prisme de la famille, du père. L’apaisement, c’est peut-être aussi mettre la chanson Les cigales s’en foutent en troisième position sur ce disque.”

Ça veut dire que vous êtes très soucieux du tracklisting ?

“Je ne l’ai jamais été autant que cette fois-ci parce que j’ai été obligé de le faire alors que l’album n’était pas fini !”

Le premier morceau de l’album, où vous retrouvez vos amis de la Place des Grands Hommes, n’ouvre donc pas l’album par hasard !

“Je ne sais pas quel message je fais passer en choisissant de mettre cette chanson en premier. C’était peut-être un lien entre le passé et le présent. J’aime cette introduction, cette manière de rentrer avec les cuivres. J’ai trouvé ça bien pour commencer… même si la nuit qui a suivi, j’aurais pu mourir parce que je pensais m’être trompé. Aujourd’hui, est-ce que l’ordre est bon, je ne sais pas. Mais ça raconte quelque chose.”

C’était important de retrouver ces amis ?

“C’est marrant, souvent on me demande si c’était important… Les gens sont importants. J’avais envie de faire mon Antoine Doisnel, de continuer mon histoire au fil des albums. J’avais envie de les retrouver et ça a été le cas, d’abord à l’occasion de l’anniversaire, les 50 ans de Laurence. C’était très sympa… J’avais cette musique en tête depuis très longtemps et j’avais envie de mettre quelque chose à la fois de nostalgique et positif dessus. Dans ma tête, ça s’appelait Je reviens, au départ. Mais, ensuite, il y a eu l’événement. L’inéluctable. Et là, quand tu sors du cimetière, il y a quelque chose à raconter. Il y a quelque chose d’éminemment bouleversant dans le retour à l’adolescence. Ce qui est terrible, dans cette chanson, c’est de se rendre compte qu’il a fallu attendre ça pour se parler.”

Il y a pas mal de mélancolie dans cet album…

“Ça dépend où on place la mélancolie. Maux d’enfants, ce n’est pas mélancolique, c’est dur. Où es-tu aussi, c’est dur. Ça parle de l’impuissance d’un mec qui voit partir sa femme et ses deux enfants. La mélancolie, elle est dans un titre comme Viens tout contre moi. C’est un fantasme, cette histoire : celui d’une rupture qui se passerait bien. C’est quelque chose que j’ai bien sûr voulu et ce n’est pas forcément arrivé. Mais comme dit Catherine Ringer, les histoires d’amour finissent mal…”

Interview > Isabelle Monnart Patrick Bruel, Lequel de nous, Sony

Patrick Bruel a été bouleversé de découvrir la violence sur Internet.reporters