De nouveau dans la tourmente, l’Exécutif des musulmans de Belgique fait l’objet d’un lobbying intense, permanent, étatique…

MUSULMANS BRUXELLES C’est un putsch à l’envers. Vendredi dernier, trois membres dissidents de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) ont été évincés du conseil d’administration de l’organe représentatif du culte islamique de Belgique. Ceci via “un vote irrégulier”, estiment les trois personnes concernées : Isabelle Praile, Mohamed Fatah-Allh et Zehra Günaydin, membre de l’Alternative démocratique des musulmans de Belgique (ADMB), mouvance prônant un islamisme belge modéré.

“Sur les 44 membres élus de l’assemblée générale, 11 membres seulement étaient présents les poches pleines de procurations dont l’authenticité peut sérieusement être mise en doute. […] Ils ont pu maintenir en place les membres de l’EMB par un vote de confiance des membres proches des ambassades et voter une motion de défiance à l’encontre des membres rénovateurs, tous militants de l’ADMB”, ont-ils écrit, hier, à la ministre de la Justice. Toujours selon l’ADMB, “l’équipe qui dirige actuellement l’EMB est téléguidée par les puissances étrangères pour imposer un agenda d’islamisation des populations musulmanes à la solde de Rabat et d’Ankara”.

L’accusation n’est pas neuve . Dans son rapport annuel paru début janvier, la Sûreté de l’État pointait ainsi : “Tout comme les années précédentes, 2010 a été marquée par l’ingérence de puissances étrangères et de groupements radicaux islamiques dans l’islam institutionnel. Le fonctionnement de l’Exécutif des musulmans de Belgique a notamment été la cible de ces activités d’ingérence. […] En ce qui concerne l’avenir, il est permis d’affirmer qu’une telle ingérence, susceptible d’influencer dans une large mesure – voire de contrarier – le fonctionnement de l’organe du culte islamique (EMB, NDLR), ne perdra certainement pas en intensité.”

Qui sont donc ces groupes radicaux et Etats étrangers qui tentent de s’ingérer dans la mise en œuvre d’une politique belge pour la communauté musulmane ? L’on peut citer trois pays particulièrement actifs, à divers degrés : la Turquie, le Maroc et l’Arabie Saoudite. Les deux premiers désirent contrôler leurs communautés immigrées présentes en Belgique. Ces deux pays défendent leurs intérêts propres – qui peuvent parfois être communs à ceux de l’Etat belge. Ils soulignent également que la première loyauté du croyant marocain ou turc doit être vis-à-vis du pays de ses ancêtres. “L’existence d’un Exécutif des musulmans de Belgique – répondant aux exigences d’un Etat de droit – ne correspond pas au contrôle de la religion que ces Etats opèrent en interne, surtout que l’EMB joue un rôle dans la nomination de professeurs de religion islamique, dans la reconnaissance des mosquées, etc.”

1Maroc et Turquie. “Ces deux pays désirent, entre autres, limiter la contestation politique dans leur communauté immigrée via le contrôle des mosquées”, nous explique un spécialiste de la question sous couvert d’anonymat. “Comment ? En essayant de limiter les imams et le personnel des mosquées indépendantes sur le plan financier et culturel. L’exemple de la Diyanet Vakfi turque est, ici, éloquent. Le Maroc tente de développer le même type de structures. L’enseignement du culte musulman constitue un autre moyen de contrôle : ces deux pays préfèreraient envoyer leurs propres professeurs de religion musulmane plutôt que de laisser faire des musulmans baignés par la culture belge.”

2L’Arabie saoudite. Ce pays n’a pas de communauté en Belgique. Il tente d’asseoir la légitimité monarchique en prônant un islam wahhabite, imposant la famille royale saoudienne comme étant l’unique protecteur des lieux saints. Même si l’influence de l’Arabie saoudite dans l’EMB apparaît moins forte que celle du Maroc et de la Turquie, ce contrôle de l’islam institutionnel par les ambassades étrangères (l’islam des ambassades) est contraire à la volonté de celles et ceux qui prônent un islam belge composé d’imams ou de professeurs ancrés dans la société occidentale et de mosquées fonctionnant sans contrôle de l’étranger.

M. L.

De nouveau des tensions à l’Exécutif des musulmans de Belgique. Bernard demoulin