À l'Europeo 80, seule l'Allemagne stoppe des Diables Rouges survoltés à l'image de Jan Ceulemans

BRUXELLES Pour succéder à Raymond Goethals et parce qu'ils prévoyaient des lendemains pénibles après le départ du Sorcier, les dirigeants de la Fédération avaient choisi de faire appel, en priorité, à un élément qui non seulement présentait de solides références sur le plan footballistique mais surtout sur les plans humain et psychologique. Un homme patient et conciliant. On n'hésitait pas à considérer, rue Guimard, Guy Thys comme un entraîneur de transition.

Or Guy Thys allait réussir une série d'exploits exceptionnels à la tête des Diables Rouges: gagner sa qualification, sur le terrain, pour l' Europeo 80, le Mundial 82, l' Euro 84 et le Mundial 86. Mais Guy Thys ne se contenta pas d'être présent à ces prestigieux rendez-vous du ballon rond. Il y réussit des merveilles.

Le plus étonnant de ces exploits se situa certainement en Italie, en 1980. La qualification pour cette phase finale avait été longtemps improbable mais le rappel surprenant de Wilfried Van Moer permit de réussir le miracle: la qualification d'abord, grâce à quatre victoires consécutives, et, surtout, un tour final qui amena les Diables en finale.

Première bonne surprise, à Turin: contre l'Angleterre, les Diables livrèrent un match remarquable d'intelligence tactique. Les consignes furent respectées à la lettre. Wilkins ouvrit la marque, Ceulemans égalisa et les Belges conservèrent ce point malgré l'attitude des hooligans anglais qui donnèrent là un des premiers aperçus de leur savoir-faire.

Le deuxième match, à San Siro, fut le plus étonnant. Les Belges l'emportèrent sur l'Espagne par 2-1. La prestation des Diables avait été d'une classe exceptionnelle. Gerets avait ouvert le score, Quini égalisa et Cools donna la victoire à une Belgique considérée avec dédain à son arrivée, avec curiosité après le match contre l'Angleterre et avec respect après celui contre l'Espagne.

Restait à affronter l'équipe locale au stade olympique de Rome. Un match nul était suffisant et les Diables parvinrent à leurs fins grâce à un registre parfaitement varié: la rigueur tactique contre les Anglais, la spontanéité et le génie contre l'Espagne, le réalisme face à l'Italie, prise à son propre jeu. Les Diables affrontèrent l'Allemagne en finale à Rome. Ils y firent bien mieux que se défendre. Horst Hrubesch, déjà auteur du premier but, n'inscrivit celui de la victoire qu'à deux minutes de la fin car, entre-temps, Vandereycken avait égalisé.

La Belgique était la grande révélation d'un tournoi dont Ceulemans fut sacré meilleur joueur. Elle avait rencontré les plus grandes nations européennes du football du moment. Les années d'or débutaient pour notre équipe nationale.

© Les Sports 2003