"La Fédération a mis en péril la vie des joueurs"

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Le consultant de la DH revient sur 2007, et pense déjà à 2008

BRUXELLES On le sait, les propos de Stéphane Pauwels font souvent le bonheur des échotiers et divisent dans les bistrots du roy-aume où ses prises de position, truculentes mais souvent pertinentes, lancent le débat. S'il verse parfois dans l'excès, le consultant de la DH a le mérite de mettre le doigt où il ne faut pas, à défaut de tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Qui de mieux que lui, dans le style direct qui sied à votre quotidien, pouvait clôturer cette année où le foot-roi en Belgique a connu de nombreux bas et quelques hauts ?

Stéphane Pauwels, que retiendrez-vous de négatif de l'année qui se termine ?

"L'équipe nationale a été très, très décevante, et l'Union belge a démontré une nouvelle fois toutes les limites de son mode de fonctionnement. Que ce soit dans la gestion du dossier de René Vandereycken, de celui de Namur - Geel - gérés tous deux dans la continuité de l'affaire Ye -, nous avons été ridicules. La Fédération fonctionne de manière archaïque. Avec l'affaire Namur - Geel, il faut être polytechnicien pour comprendre les classements. Récemment, j'ai rencontré Philippe Saint-Jean (NdlR : l'entraîneur de Tubize) : il est perdu, il ne sait pas où en est son équipe. En D1, ce n'est pas mieux. Pourquoi a-t-on disputé cette dernière journée. La Fédération, en ne remettant pas les rencontres, a mis en péril la vie des joueurs. J'étais à GBA - Mouscron : c'était impensable de jouer dans ces conditions. En plus, avec le match de Bruges remis, cela fausse le championnat. Mais bon, on n'a pas le privilège de la bêtise. En France, également, seuls quelques matchs ont été remis. Mais ce qui m'a le plus déçu cette année, c'est le racisme. Au GBA, toujours, j'ai failli quitter mon siège. C'était hallucinant ! Comment peut-on tolérer les propos tenus par 2.000 imbéciles traitant les Wallons de pédophiles ? Et quand les supporters de Mouscron ont brandi des drapeaux belges, ils se sont fait huer. C'est le monde à l'envers."

Cela démontre les limites de la Fédération qui devrait davantage sanctionner ce type de comportement ?

"Bien sûr. M. Bourdouxhe a pris, par deux fois, ses responsabilités, mais on a un peu ri de lui. La CCA devrait le soutenir, dire que ça suffit. En France, il existe un Conseil de l'éthique présidé par Rocheteau. Il n'a pas hésité à proposer qu'on soustrait un point à Bastia pour le comportement de ses supporters. Il a été entendu. M. Philips m'a dit qu'on allait avoir ce type de Conseil mais j'attends toujours. Cela ne sert à rien d'infliger des amendes. Cela ne touche pas les clubs. L'arbitre aurait dû arrêter le match au GBA, et Mouscron aurait dû gagner trois points sur tapis vert. Cela ne sert à rien de faire des campagnes avec Mbo Mpenza s'il n'y a pas de suivi derrière."

Vous retenez tout de même du positif de 2007 ?

"C'est chouette de voir une équipe comme le Cercle avec 80 % de joueurs belges et un entraîneur belge tirer son épingle du jeu en proposant, en plus, un jeu tourné vers l'offensive. Cela donne une coloration agréable dans un championnat où on ne peut que regretter la mauvaise tenue de clubs comme Mons ou Charleroi. Le Standard, par contre, est un véritable candidat au titre. Cette équipe peut se bagarrer jusqu'au bout avec le Club pour le titre."

Le mercato pourrait-il jouer un grand rôle dans l'avenir immédiat du Standard ?

"Non. Même si le Standard perd un joueur comme Jovanovic, il a du banc avec des éléments comme Dufer, Ingrao ou Mbokani. Le Cercle ne devrait pas se mêler à la lutte pour le titre mais, contrairement, à beaucoup, je vois bien la formation de Glen de Boeck emm... les autres longtemps. On sent de la joie dans cette équipe avec des joueurs comme De Smet ou De Sutter qui sont des cogneurs. Le GBA aussi possède une belle formation. Finalement, je suis peut-être un peu trop négatif dans mon jugement d'ensemble. J'aime bien la manière dont ces clubs se sont renforcés. Les grands ne sont pas devenus plus grands mais les petits ont grandi."

On assiste à un nivellement vers le haut alors ?

"Oui. Même s'il reste des vraiment petits comme Dender qui n'ont quasi pas de moyens. Zulte, par exemple, recrute intelligemment."

En début de saison, la plupart des spécialistes voyaient Anderlecht reconduire facilement son titre. Vous n'étiez pas de cet avis. Vous aviez subodoré quelque chose ?

"Non. Le Sporting a été champion mais il n'y avait pas beaucoup de concurrence. Bruges était malade, et le Standard a perdu par deux fois les pédales. Non, pour moi l'équipe d'Anderlecht de la saison passée était simplement moyenne. Hormis Frutos, sans arrêt blessé, et les transferts catastrophiques, c'est la même équipe qu'en 2006-2007. Polak, Théréau, Von Schlebrugge ou Triguinho ne sont nulle part. Legear et Vadis tirent leur épingle du jeu. Même si ce dernier est perdu car ils ont réagi trop tard. Comme avec Mbokani. Il joue simplement parce que l'Ajax s'intéresse à lui. Il est illusoire de croire qu'Anderlecht va jouer le titre après son mercato d'hiver. Avant, cela fonctionnait com- me ça : Anderlecht recrutait un ou de joueurs et ceux-ci faisaient la différence. Mais il ne faut pas oublier que les Bruxellois ne sont que sixièmes, et que le Cercle, La Gantoise ou Genk ne vont pas se laisser faire. Il ne sera même pas facile pour le Sporting d'être européen. C'est regrettable car, même si certains espèrent qu'Anderlecht fasse une saison blanche pour se remettre profondément en question, ce n'est pas bon pour le foot belge. Sans vouloir être désagréable, le GBA ou le Cercle en Coupe de l'Uefa, ce ne sera pas bon pour notre ranking Uefa."

Anderlecht semble agir dans la précipitation en transférant plusieurs joueurs même si Smajic, pour des raisons obscures, ne viendra pas au Sporting...

"Oui mais ce qui me dérange le plus c'est qu'en recrutant des éléments pour deux ou trois ans, le Sporting agit à l'envers. Ne devrait-il pas d'abord se doter d'un grand entraîneur ? Que se passera-t-il de ces joueurs si, dans quelques mois, le nouveau coach décide qu'ils ne sont pas à son goût ? Il faudra se défaire de joueurs ayant de contrats longue durée. Si en plus de Chatelle, qui n'est pas Zidane mais qui devrait être un bon joueur pour Anderlecht, Smajic avait été repris, Ariel Jacobs aurait disposé de trois éléments pour un poste. Anderlecht avait déjà commis la même erreur en prenant Wasilewski et Von Schlebrugge alors qu'il avait déjà Vanden Borre. La cellule sportive d'Anderlecht doit se restructurer globalement. On dirait que les transferts sont réalisés sans véritable envie de réussite. On joue parfois au poker. Comment un club comme Anderlecht peut recruter Théréau sans l'avoir vu jouer ? Et ce n'est pas une question d'argent. Pourquoi Anderlecht n'a pas pris Gervinho qui casse la baraque avec Le Mans - troisième en L1 - et qui ne coûtait que 250.000 euros ? Ouaddou - Valenciennes - a été proposé libre. Il a été refusé. Il n'y a pas qu'en Argentine qu'il y a des bons joueurs. Et encore, ceux pris pas Anderlecht sont moyens. Frutos est toujours blessé; Biglia, ils ont intérêt à vite le vendre; Leiva est à Charleroi. Seul Pareja est bon. J'avais critiqué le recrutement du Sporting en septembre à Studio 1 et tout le monde avait crié au fou. Maintenant, tout le monde m'approuve et Anderlecht recrute dans la précipitation. Je suis désolé de revenir avec Théréau mais tout ce qu'il avait fait c'était une saison valable à Angers, cinq matchs à Charleroi et dix en Roumanie dans un championnat très faible. Pourquoi l'acheter ?"

Parce que le Club Bruges le convoitait également ?

"On ne voit ça qu'en Belgique ! Le Standard veut Sterchele; le Club l'achète. Vous pensez que Monaco recrute un joueur parce que le PSG le veut ? Non, sa cellule recrutement ne regarde pas l'assiette de l'autre, elle va scouter le joueur à domicile, à l'extérieur,... Bien sûr, tout le monde a droit aux échecs. Mais au Sporting, il y en a beaucoup. J'apprécie beaucoup Herman Van Hoslbeeck mais ce n'est pas lui qui décide au Sporting. Il ne va quasiment pas voir de match car il est toujours dans son bureau. Lucien D'Ono-frio m'a avoué que, parfois, il se plantait mais que ces échecs ne lui avaient pas coûté un euro. Ses Portugais, par exemple, étaient gratos. Ce n'est pas une excuse mais c'est moins grave. Il faut prendre exemple sur Reynders à Genk. Il s'est farci plusieurs fois Israël où il a déniché Barda pour 100.000 euros. C'est le meilleur transfert de ce premier tour."

Propos recueillis par Basile Vellut

Stéphane Pauwels n'a pas sa langue en poche au moment de tirer le bilan de l'année 2007, et de faire des projections sur 2008. (photo news)

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