Un quart de siècle après son apogée, il ne reste qu'une dizaine de commerces

LIÈGE En 1980, Neuvice avait été baptisée Shopping Street. Rue historique s'il en est, elle remonte à 980 et comporte encore 19 immeubles du 17e siècle, 25 du 18e et 2 du 19e. Les vieilles enseignes en fer, d'autres sculptées dans la pierre, ont fait classer certaines façades.

Un quart de siècle plus tard, la rue a (quasi) fermé ses volets. De la soixantaine de commerces en subsiste une dizaine.

La fontaine Montefiore et l'église Sainte-Catherine qui ouvrent ce qui fut le premier piétonnier de la ville, ne laissent pas augurer ce qui suit: volets déglingués, façades lépreuses, grilles fermées, enseignes délavées, une tristesse qu'on ne pouvait prévoir en 1980, année du Millénaire où les commerçants s'étaient battus pour redorer le blason de leur rue.

«Beaucoup n'avaient pas de descendants» , explique la gérante de la maroquinerie Marie. Chez d'autres les descendances n'ont pas repris la suite.

«Toutes les maisons ont été vendues» , souligne cependant le boucher Colson, dont la famille est installée depuis 1903.

En 1989, une plaque commémorative annonce encore que, pour les 25 ans du piétonnier, Simenon avait accepté la présidence d'honneur en souvenir de son enfance.

Le fleuve continue à couler, le long des quais rénovés en plusieurs années mais les temps, eux aussi, ont roulé. Pour obtenir leurs canettes, des clodos ont commencé à mendigoter, faisant du début de la rue Cathédrale une entrée pour l'enfer de la drogue.

Une maison de thé attire fort à propos une nouvelle clientèle au départ de la rue. Une petite librairie s'est incrustée et un atelier étal de dessins, Arquontenporain (sic!) tient le coup depuis un an. A l'autre bout, un glacier et un magasin de mode ouvrent sur la place du Marché.

«Mais quand verrons-nous le bout du tunnel?» se demande la patronne de la maison de confection Wuidar, une des anciennes de cette rue éternellement partagée entre l'ombre et le soleil.

© La Dernière Heure 2005