Avec, en prime, l'élimination historique de la grande équipe d'Italie

Le retour du Mexique avait été marqué par une vive polémique qui affecta beaucoup Raymond Goe- thals. Il faut dire que pendant tout un temps, l'absence de pouvoir, au Mexique, avait eu des conséquences néfastes. Le notaire René Hoste, chef de délégation, était rentré en Belgique et il fut remplacé juste avant le dernier match par Roger Petit, vice-président du comité exécutif. Trop tard pour empêcher une polémique entre Anderlechtois et Brugeois.

Au retour, à l'aéroport de Bruxelles, des supporters brugeois houspillèrent les joueurs du Sporting, et particulièrement Van Himst et Puis auxquels ils auraient préféré le tandem Lambert-Carteus.

Vexés, Paul Van Himst et Wilfried Puis démissionnèrent. La bouderie du premier ne dura que deux matches, celle de l'Ostendais, beaucoup plus longtemps.

Pourtant, l'échéance de la Coupe d'Europe des Nations qui, depuis lors, est devenue le Championnat d'Europe était déjà là.

Stassart, le coup de poker

Comme le premier match se déroulait à Bruges, Raimundo avait choisi une ossature brugeoise avec, notamment, le trio offensif Thio-Carteus-Lambert, aux côtés de Johan Devrindt, qui venait d'être transféré au PSV Eindhoven. C'est pourtant celui-ci qui marqua les deux buts de la victoire contre le Danemark.

Il faut dire que le tirage au sort ne nous avait, une fois encore, pas été favorable: le Danemark mais aussi le Portugal d'Eusebio et de Simoes, l'Ecosse de Bremmer et Johnstone, toujours pour un seul qualifié, ce n'était pas rien.

Pour la rencontre suivante, à Sclessin, contre l'Ecosse, Goethals fut assez persuasif pour récupérer Paul Van Himst. Il ne le regretta pas; une fois encore, il avait eu le nez fin: Popol réussit un hat-trick mémorable en inscrivant les trois buts d'un superbe match.

Quinze jours plus tard, les Diables, au sommet de leur art, réussirent le même score, au Parc Astrid, contre les Portugais. Avec un dernier but qui reste le plus beau de toute leur histoire: un triple relais Van Moer-Van Himst, pour offrir le point à Denul.

Inutile de préciser que, dans ces deux matches, les Diables avaient usé d'une stratégie diabolique. Malgré cela, rien n'était fait puisqu'il fallait encore rendre visite aux trois adversaires. Et la série continua. Le Danemark, qui avait rappelé tous ses professionnels évoluant à l'étranger, s'inclina à Copenhague, mais ce sont surtout les matches d'Aberdeen et de Lisbonne que craignait l'entraîneur-sélectionneur. Et une fois encore, celui qui passa toute sa carrière pour être un indécrottable conservateur, sortit de son sac un lapin complètement inattendu. Il alla chercher le vétéran André Stassart qui n'avait jamais fréquenté les sphères internationales et alors que son milieu défensif, avec Dewalque- Plaskie-Vandendaele, avait jusque-là donné entière satisfaction.

Cette décision audacieuse, il la justifiait: «Contre O'Hare et Torres, de vrais géants, j'ai besoin de quelqu'un qui domine de la tête. Stassart sera celui-là. » Il le fut. Les Belges s'imposèrent en Ecosse et firent match nul au Portugal. Après Hanon, mais aussi Piot et Maertens, que Raymond n'avait pas hésité à aller chercher en réserves, le coup de poker de Stassart fut une complète réussite.

Expulsé par les carabinieri

A l'époque, les quarts de finale se déroulaient encore par aller-et-retour dans les pays concernés. La formation italienne que les Diables furent priés d'affronter était une terreur en Europe. Détentrice de l'épreuve, l'Italie, avec Riva, Mazzola ou Facchetti, partait avec toutes les faveurs du pronostic. Pensez donc qu'un joueur comme Gianni Rivera n'était que réserviste! Peu avant le match de San Siro, Goethals était allé suivre le derby milanais qui comptait dix internationaux. Et le jour du match, avec la complicité d'un Christian Piot au sommet de son art, il prit les Italiens à leur propre jeu, ne leur laissant aucune occasion réelle de but. Pris par la passion du spectacle, Raymond pénétra plusieurs fois sur le terrain et fut expulsé par l'arbitre, et c'est entouré par plusieurs carabiniers, mandés par le referee, qu'il suivit la fin du match à une fenêtre: les représentants de l'ordre avaient consenti cette faveur en échange d'insignes de l'Union belge!

Ce nul blanc là valait bien une victoire encore fallait-il que les Diables l'emportassent au retour au Parc Astrid. Les Belges jouèrent ce match divinement bien. Van Moer ouvrit la marque et, de rage quelques minutes plus tard, Bertini lui cassa la jambe, l'écartant pour de longs mois des terrains. Et de la phase finale de ce Championnat d'Europe car, bien que réduits à dix et devant affronter un arbitre partial qui offrit un penalty à l'Italie, Paul Van Himst inscrivit, dans une ambiance indescriptible, le but de la qualification.

Pas le jour de Piot

Le carré d'as de ce Championnat d'Europe comprenait, outre la Belgique, l'Allemagne fédérale, l'URSS et la Hongrie. Nous avions accompagné Raimundo à l'inauguration du stade olympique de Munich où s'affrontaient la RFA et l'Union soviétique. Pendant des heures, il nous commenta ses notes. Pas un des 22 joueurs n'avait échappé à sa sagacité. Mais le coach fédéral n'était pas à prendre avec des pincettes. L'Union belge, en effet, avait imposé le stade de Deurne pour la demi-finale contre les Allemands (l'Uefa n'intervenait pas à cette époque sur le choix des stades!). Goethals voulait jouer à Anderlecht, à Bruges ou à Sclessin, mais la capacité du stade anversois fut l'argument massue. Il est vrai que les recettes aux guichets étaient à peu près les seules, à l'époque.

D'ailleurs, la BRT n'a même pas retransmis le match à l'inverse de la RTB parce que des publicités additionnelles avaient été imposées au Bosuil!

L'absence de joueurs anversois et la présence de 30.000 supporters allemands ne favorisèrent évidemment pas l'ambiance. Pourtant, les Allemands ne dominèrent jamais les Diables et s'imposèrent en raison de deux bévues de Christian Piot. Celui qui était sans doute, à l'époque, le meilleur gardien du monde, se trouvait dans un jour sans. Cela arrive aux meilleurs

Les Belges s'inclinèrent de justesse (1-2). Ce fut néanmoins la vraie finale avant la lettre, car les Soviétiques explosèrent littéralement au Heysel, tandis que les Belges, à Sclessin, remportèrent de haute lutte la médaille de bronze contre la Hongrie, le jour où Van Himst, auteur du but victorieux, dépassa Vicky Mees au nombre de sélections.

Cette fois, c'était devenu évident: les Belges n'étaient plus seulement les champions des matches amicaux

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