Un collier qui fait perler le questionnement sur le monde

CHARLEROI L'évidence rend les choses transparentes, invisibles. La paix, la démocratie, le confort sont tellement naturels pour ceux qui les ont toujours connus qu'ils en viennent à ne plus soupçonner que l'on puisse vivre dans l'insécurité d'une guerre ou d'une dictature, dans les difficultés, la maladie. En cherchant son collier perdu, Hélène ouvre les yeux sur ce qu'elle était incapable de voir. À travers elle, l'occident porte son regard sur les drames du monde. C'est la rencontre avec les réalités des pays en conflit, la confrontation des souffrances. Loin des grandes causes mobilisatrices exploitées par les ONG, un questionnement s'amorce. L'auteure ne cherche pas à gagner les bonnes consciences, elle veut forcer le refus. Celui de la cécité et de l'indifférence face à ce qui se passe à quatre d'heures d'avion de chez soi.

Dans une mise en scène de Guy Theunissen, le collier d'Hélène invite ainsi aux introspections, aux interrogations. Il s'agit d'une création de l'Ancre en coproduction avec la Maison Éphémère, la Compagnie Théâtrale, le théâtre Sonaro de Dakar et la Balsamine. Le petit théâtre de la rue de Marcinelle est le premier en Belgique à l'accueillir, jusqu'au 24 janvier. Ses spectateurs prennent un bain de culture africaine avec les musiciens et acteurs camerounais, sénégalais et congolais qui entourent Stéphane Bissot dans le rôle d'Hélène.

On la suit dans sa quête au milieu des ruines de Beyrouth où Carole Frechette, l'auteure, a choisi de planter le décor. Ce pourrait être Bagdad ou n'importe quelle autre ville dévastée par la guerre. Que représente la perte d'un collier par rapport à celle d'une maison bombardée ? Ou à celle d'un enfant tué par un sniper ? Au fil de ses rencontres, Hélène relativise sa douleur. Comme elle, on sort enrichi de ces rencontres avec des personnages qui jouent remarquablement juste. La musique apporte une dimension supplémentaire à l'émotion et aux couleurs de la pièce. C'est un spectacle comme on les aime, à aller absolument voir.

Jusqu'au 24 janvier. Spectacle à 20h30. Projection d'un documentaire sur le montage du spectacle (Yalla) le 17 et le 24 à 22h30. Réservations au 071/314.079

© La Dernière Heure 2004