Le récit d'Eddy Despretz, un Belge qui vivait près de chez elle

PARIS Il sera bien sûr toujours impossible d'être formel sur la question, mais, en principe, Eddy Despretz doit être la dernière personne à avoir vu Dalida vivante. "Avec Jacqueline, son habilleuse ! Je le pense, oui. C'était le samedi, vers 18 heures. Jacqueline devait venir dîner chez moi, place des Abbesses, un peu plus bas que chez Dalida. Dali est venue la déposer, avec sa petite voiture Austin. Elle nous a dit : "Ce soir, je vais au théâtre. Je rentrerai tard et ce n'est pas la peine de m'attendre." Elle a ajouté "À demain". Tout s'est probablement joué après son départ. Elle est retournée chez elle. Elle a laissé sa voiture là où nous ne la verrions pas en rentrant, pour ne pas qu'on sache qu'elle se trouvait dans sa chambre. J'ai raccompagné Jacqueline vers une heure du matin. Dali était certainement déjà là-haut. C'est Jacqueline qui a découvert le corps le dimanche. Elle m'a téléphoné le lendemain vers 17 heures. La pauvre ne savait plus comment elle s'appelait."

Vous la connaissiez depuis longtemps ?

"J'avais vu le spectacle de Dalida à l'époque de l'Ancienne Belgique, à Bruxelles. Après, je suis devenu le secrétaire d'Adamo qui était très ami avec Dalida. Puis j'ai été attaché de presse pour Hervé Vilard, Enrico Macias, Charles Aznavour et d'autres artistes de la maison Tréma. Avec eux, j'ai eu l'occasion de rencontrer Dalida sur les plateaux de télévision. Nous n'étions pas des amis pour autant. En fait, j'étais surtout un ami de Jacqueline qui avait été, pendant vingt ans, l'habilleuse de Line Renaud. En 1980, Dalida faisait son retour au Palais des Sports. Elle avait voulu un spectacle complet, comme elle n'en avait encore jamais fait. Avec des danseurs et des tas de changements de costumes. Pour la première fois, elle montrait ses jambes sur Comme disait Mistinguett. Line ne faisant plus ses spectacles du Casino de Paris, elle n'avait plus besoin de Jacqueline et Dalida s'est adressé à elle. Jacqueline est devenue plus qu'une habilleuse. Elle fut sa dame de compagnie et elle s'installa chez Dali. Moi, j'ai dû aller chez Dalida pour la première fois vers 1982, avec Jacques Mercier, pour préparer une émission. Après, j'y suis retourné avec Jacqueline. Après, c'est Dalida qui m'accueillait ou qui venait manger un bout à la maison. J'ai vécu quelques-uns de ses dimanches après-midi où on jouait aux cartes, où on dînait de poulet et de salade et où on parlait métier. À déconner, à dire du mal de tout le monde, à s'amuser. J'y pense tous les jours. Elle m'avait tricoté une écharpe et j'ai, aujourd'hui, à la maison, un buste sculpté qu'elle possédait. Orlando me l'a donné après sa mort."

Il y avait aussi une histoire de poubelles entre vous...

(rires) "Oui ! Elle était venue chez moi et, au moment où elle partait, je suis allé prendre mes poubelles pour les descendre. Elle m'a dit : "Ne te dérange pas, je m'en occupe." Dans l'escalier, je l'ai entendu me crier, en roulant les r, comme elle le faisait : "Si un jour tu racontes tes mémoires, tu pourras dire que la Dalida a descendu tes poubelles."

Vous avez vécu ses colères ?

"Ah oui ! Deux jours avant sa mort. Le téléphone a sonné pendant le dîner. Lorsqu'elle est revenue, elle a jugé qu'il y avait trop de sel dans le plat et elle a tout jeté par terre. Ce jour-là, elle a dit : "Ça ne vaut vraiment pas la peine d'être amoureuse dans la vie."

Ce samedi-là, son attitude laissait penser à cette issue terrible ?

"Pas du tout ! Mais je pense que c'est une femme qui s'est ennuyée pendant toute sa vie. Autour d'elle, il y a eu souvent la mort, mais pas l'amore".

.Le fameux buste qui a appartenu à Dalida. (dh)