Jean-Pierre Bourtayre en a composé la musique et c’est lui qui a amené Étienne Roda-Gil dans l’équipe

Trente-cinq ans plus tard, Alexandrie Alexandra reste la chanson la plus marquante de Claude François. Elle est la formule miracle pour tout DJ en panne de danseurs. Une soirée tarde à se lancer ? On lance ce vieux disque, et c’est parti !

Claude François l’avait enregistrée pour l’album de décembre 1977 et il avait avalisé la décision de sortir la chanson en 45-tours le 15 mars. Ce fut le jour de ses obsèques.

Tout le monde connaît l’interprète de cette chanson historique. On connaît aussi l’auteur du texte, Étienne Roda-Gil. Mais le vrai Monsieur Alexandrie Alexandra est le compositeur de la musique, Jean-Pierre Bourtayre.

Il avait déjà composé, pour Claude François, Y a le printemps qui chante, Une chanson populaire, Le téléphone pleure, C’est comme ça que l’on s’est aimé… Puis Alexandrie Alexandre est arrivée. “Claude et moi, nous avions pris l’habitude de tout signer à deux, quelle que soit notre participation personnelle à une chanson. Parfois, Claude avait plus apporté que moi. Parfois, c’était le contraire. C’est le cas pour Alexandrie Alexandra que je revendique et dont je suis fier ! J’ai vécu quelques fois cette situation où je bavarde avec quelqu’un qui me demande ce que je fais de la vie. “De la musique !” “Ah et quelle musique ?” “J’ai composé Alexandrie Alexandra.” Alors là, inévitablement, le gars me regarde comme s’il avait Gershwin en face de lui !”

Vous avez composé cette chanson avec le texte sous les yeux ?

“C’est le contraire ! À l’époque, je travaillais sur un projet de comédie musicale, Le front populaire , conçu pour Julien Clerc par Étienne Roda-Gil. À la limite, Claude ne connaissait pas Roda-Gil. Mais, avec son côté un peu intellectuel – et même beaucoup ! – c’était un homme très intéressant. J’aimais parler avec lui. Nous sommes devenus assez amis et je lui avais dit : “Ce serait bien que tu écrives pour quelque chose pour Claude François.” Il m’avait franchement répondu : “Ce n’est pas mon truc !” Je les ai quand même présentés l’un à l’autre. Et ce fut la rencontre de deux grands séducteurs. Finalement, Étienne m’a dit : “D’accord !” Je lui ai apporté les musiques de Magnolias et d’Alexandrie Alexandra et il s’est mis au travail.”

Quelle forme avaient ces musiques ? Parce qu’il avait quand même besoin d’une mélodie…

“Claude chantait sur les maquettes que nous avons remises à Roda-Gil. Il chantait ce qu’on appelle du yaourt. C’est-à-dire n’importe quoi. Pour le reste, c’était déjà une version très évoluée. On est allé en studio. Il y avait piano, basse, guitares et batterie.”

Et déjà les mots Alexandrie Alexandra ?

“Non ! C’est l’idée de Roda-Gil. Par contre, ce fut très agréable pour Claude de découvrir ça.”

Vous vous souvenez avec précision du moment où Claude François a reçu ce texte ?

“Oui, puisque c’est moi qui le lui ai apporté. On a d’ailleurs eu quelques angoisses avec ça. Les textes n’arrivaient pas. Nous avions enregistré la partie musicale. Tout le travail était fait. Il ne restait que la voix de Claude à mettre. Le studio était réservé. Mais pas de textes ! Quand j’appelais Roda-Gil, il me disait : “Ne t’inquiète pas, j’y travaille !” Il était comme ça. Le jour de l’enregistrement, je suis allé chez lui. Il m’a donné les textes. J’ai trouvé ça magnifique. Et Claude ne les a découverts qu’en studio.”

Sa réaction ?

“Il disait que c’était original, que les mots étaient beaux. Mais il n’avait jamais chanté de textes pareils. Il a vraiment dit : “C’est la première fois que je ne comprends pas tout à fait ce que je chante.”

Claude François et Jean-Pierre Bourtayre. L’équipe choc ! reporters/abaca