Allemagne

Huit ans de contrat pour un prodige de douze ans: le monde du foot est en émoi!

BERLIN Commerce d'enfant, l'éthique en question, terrible affaire : sur fond de rivalité régionale, le transfert de Leverkusen à Cologne d'un gamin de 12 ans, attaquant prodige annoncé, affole le petit monde du football allemand.

À en croire le directeur sportif de Cologne, Hannes Linssen, Marco Quotschalla marque un nombre de buts incroyable. Pas franchement doué en maths et la tête tout au foot, Marco a de nouveau franchi le Rhin séparant ces deux cités voisines. Le Wunderkind avait quitté Cologne l'an passé pour Leverkusen. Il vient de rallier fin mai son club d'origine. Il n'est pas prêt cette fois de faire encore le chemin inverse.

Car il s'est engagé pour... huit ans. Et pour environ 4 millionsFB (100.000€), versés par Cologne à ses parents, selon la presse allemande. Ce que les dirigeants de Cologne réfutent.

Le père de Marco a de son côté assuré que l'argent n'avait pas dicté ce choix, mais qu'il ne pouvait repousser l'offre car son fils, à 20 ans, pourra au moins être propriétaire d'un logement.

Tout au plus pourra-t-il acquérir une maison en Sibérie, a lancé Hannes Linssen.

Quelle que soit la cote de l'immobilier dans le Grand est russe, le transfert d'un joueur si jeune, assorti d'un contrat de huit ans, est du jamais vu en Allemagne, assure en tout cas Volker Nicken, chargé des questions de transferts à la Ligue allemande.

Cette instance régissant le foot professionnel s'apprête à adresser à ces deux clubs rivaux de Bundesliga une lettre demandant des éclaircissements sur ce dossier.

Casse-tête procédurier

C'est que cette terrible affaire, ainsi qualifiée par le vice-président de la Fédération allemande, Engelbert Nelle, semble ouvrir une nouvelle époque dans la chasse aux talents à laquelle sont condamnés les clubs allemands, longtemps négligents dans le domaine de la formation. Toujours plus jeunes, toujours plus chers.

Un père a vendu son enfant. Il s'agit ni plus ni moins que d'un commerce d'enfant, s'est ainsi insurgé le premier entraîneur de Marco, Klaus Papst. De fait, le contrat de ce bambin blondinet a été passé directement entre le club et ses parents et le droit sportif ne s'applique qu'aux relations entre les clubs eux-mêmes.

Cologne a ici sans doute profité d'une sorte de zone d'ombre juridique. Car jusqu'à 14 ans inclus, selon le droit civil allemand, un enfant ne peut être tenu pour juridiquement responsable et, par exemple, signer des contrats de travail. De tels actes relèvent encore des parents.

Le fait que la durée du contrat de Marco dépasse, de loin, les 5 ans maximum prévus par la Fifa et l'Uefa dans l'accord sur les transferts signé début mars, inaugure un autre casse-tête procédurier, observent aussi quelques avocats allemands.

Nous n'avons pour l'instant pas de réponse juridique pour limiter cette pratique qui montre à quel point les clubs peuvent faire preuve d'imagination, soupire Ernst Thoman, responsable du syndicat des joueurs professionnels, qui estime que l'affaire sous-tend une vraie question d'éthique.