Belliraj a dénoncé un des auteurs du Casse du Siècle... et volé sa part !

BRUXELLES Belliraj ne travaillait pas seulement pour plusieurs services occidentaux dont la Sûreté belge. À Bruxelles, Abdelkhader Belliraj était un indicateur du commissaire de l'antigang Gérard S. , un des responsables du GRI, Groupe de recherche et d'intervention de la PJ de Bruxelles. Entre-temps mis en cause et condamné en correctionnelle, le commissaire n'est plus policier.

En avril 2000 se déroule au siège de la Brinks à Kehlen (Lux.) ce qui allait devenir le casse du siècle au Grand-Duché. Selon Abdellatif Bekhti un des Belgo-Marocains actuellement détenu au Maroc dans l'affaire Belliraj, le démantèlement du réseau Belliraj est lié au hold-up de Kehlen du 17 avril 2000. Après le fabuleux hold-up (17 millions d'euros), Belliraj a balancé Bekhti au commissaire du GRI, ce qui a permis à Belliraj de rafler une part du butin de la Brinks. Et sur la façon dont cela s'est fait, les Bekhti parlent de manipulations d'indices. Comme par hasard, de tous les sacs volés, un seul a été retrouvé - comme cela, dans un bois près d'Arlon - et celui-là portait l'empreinte d'un pouce de Bekthi. Bekhti qui à l'époque n'est pas fiché mais à Bruxelles, le commissaire S. peut affirmer que c'est Bekthi. Et Bekhti dit que pendant le braquage de Kehlen, il a constamment été ganté. D'où venait l'empreinte ?

En attendant, cela vaut à Bekhti d'être arrêté, jugé et condamné au Grand-Duché. De tous il est le seul. Ainsi, dit-il, Belliraj avait les mains libres pour récupérer la part du butin de Kehlen qui lui revenait, trois millions d'euros planqués à Bruxelles dans un box de garage que Belliraj a bien sûr vidé.

Un hôtel de Belliraj à Marrakech

Et Bekhti dit qu'avec les trois millions, Belliraj a acheté l'hôtel Fashion à Marrakech, 2.000 m2 près du Pacha et encore une villa, un building de 18 appartements à Agadir et 2 appartements à Marbella. L'hôtel fut mis au nom d'un frère Belliraj, Salah Belliraj.

Condamné à vingt ans au Luxembourg, Bekthi s'est évadé de prison en 2003. Il n'est pas revenu en Belgique mais a rejoint le Maroc où il y vivait depuis cinq ans sous une autre identité, harcelant évidemment les Belliraj, Abdelkhader et Salah, pour récupérer les trois millions de la Brinks. Selon les Bekhti, Abdelkhader Belliraj était sur le point de céder. Mais pas Salah dont l'hôtel est à son nom. "Et c'est ce qui a tout déclenché."

De prison au Maroc, Abdellatif Bekhti dit qu'en dénonçant son propre frère et qu'en le dénonçant, Salah qui est très malade (cancer de la gorge), a sauvé son hôtel. Derrière tout cela, vu du côté Bekhti du moins, aucune activité terroriste, rien qu'une dette d'argent. Mais la DST marocaine qui vérifie les contacts GSM de Belliraj, tombe forcément sur Bekhti qu'elle mettra encore tout un temps à localiser avant de l'intercepter finalement neuf jours plus tard, le 30 janvier, vers 16 h, près du grand commissariat de Casa. Vers 1992, les Bekhti emménagent rue Fernand Bernier à St-Gilles. Les Belliraj sont leurs propriétaires. C'est comme cela que se fait la rencontre, au moins 2 ans donc après le dernier des six meurtres de Belliraj à Bruxelles. À l'époque des exécutions en 1988, 1989 et 1990, les deux familles ne se connaissaient pas. Bekhti n'en est pas moins présenté au Maroc comme le complice des assassinats de Belliraj à Bruxelles.

Gilbert Dupont

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