Rarement, un ertébéen aura fait l'objet d'une telle unanimité. Quand on a annoncé à Reyers que Georges Pradez prenait sa retraite, un véritable concert de louanges médiatique s'est abattu sur la tête sympathique d'un des meilleurs animateurs que la RTBF ait jamais connus.

J'arrive donc comme les carabiniers d'Offenbach. A chacun son tour. Mais si je suis le dernier, n'est-ce pas tout simplement parce que je suis le meilleur? L'avantage de ce billet quotidien, c'est que je peux me permettre des énormités puisque la grosse majorité de mes lecteurs sont, comme moi, des adeptes convaincus des plaisanteries du second degré.

Enfin, passons sur ce détail et revenons-en à l'essentiel. Effectivement, je crois qu'il n'y a pas beaucoup de journalistes qui ont connu Georges avant que son nom ne figure déjà sur mes tablettes. Notre première rencontre data du temps des anciens Belges. Comme aucune besogne hautement intellectuelle ne m'a jamais rebuté, dans cette lointaine époque, donc, je présentais à Liège, sur la scène de L'Eden (disparu depuis), un concours hebdomadaire pompeusement baptisé Les mercredis de la chance. Cet exercice était évidemment réservé aux jeunes.

J'ai eu, en ces occasions, quelques heureuses surprises. Notamment celle de faire la connaissance d'un imitateur sortant à peine de l'adolescence dont j'avais beaucoup apprécié le talent. Il s'appelait Georges Jortay, si mes souvenirs sont exacts. Je me souviens avoir confié à quelques amis combien j'étais certain qu'on reparlerait rapidement de ce gaillard. Pour une fois, je ne m'étais pas trompé.

J'étais, néanmoins, à cent lieues de m'imaginer qu'un peu plus tard, j'allais retrouver ce Georges devenu Pradez à la RTB qui n'était pas encore F. Ni surtout que j'allais avoir le plaisir de travailler à différentes reprises avec lui aussi bien en radio qu'en télévision.

Pendant quarante ans, cette bête de micro, toujours égal à elle-même, toujours aussi enthousiaste, fut fidèle à un style très personnel. Depuis le Magazine F de ses débuts jusqu'au Boulevard du temps (que j'écoutais le plus souvent possible, parfois avec un brin de nostalgie), il a fait du Pradez en passant du rire à l'émotion avec autant de bonheur.

Que vous dire encore de cet homme sensible et plein de ressources, si ce n'est qu'il n'a pas eu la grande carrière qu'il méritait dans la mesure où, sur scène ou en studio, il a toujours, fort curieusement, adopté une certaine retenue. Comme s'il refusait de se livrer à fond. Il ne se déchaînait véritablement qu'en société, à la fin d'un repas entre amis, par exemple. Là, il était vraiment génial.

Je n'hésite pas à l'écrire: personne ne m'a fait autant rire que lui!

© La Dernière Heure 2003