L’hommage est appuyé : “Mediaset a engagé Sara Carbonero. Nous, on a Anne-Laure Bonnet. Et on a gagné. Parce qu’Anne-Laure a été recrutée pour ses compétences et non pour un bisou donné devant des millions de téléspectateurs.” Cette opinion émane de Fabio Caressa, commentateur de foot vedette de Sky Sport Italia qui a engagé cette ancienne journaliste de L’Équipe en mars 2009. Faut-il rappeler que Carbonero, elle, est la fiancée du gardien du Real Madrid, Iker Casillas ? Son fait de gloire consiste à avoir été embrassée en direct par son chéri à l’issue de la finale de la dernière Coupe du Monde gagnée par la Roja. Elle a été enrôlée cet été comme correspondante en Espagne par le groupe de télé appartenant à Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien.

Anne-Laure Bonnet, elle, officiait en 2008 sur TF1 dans l’émission F1 à la Une. L’année suivante, elle répondait à la proposition de Sky Sport Italia, qui couvrait à l’époque la F1 en Italie. Depuis 2010, sa chaîne ne retransmet plus les Grands Prix et elle est passée au foot. Lors de la dernière Coupe du Monde, elle est souvent intervenue à l’antenne, depuis Milan, où se trouve la rédaction de Sky, pour commenter les déboires des Bleus. “Elle avait toujours le ton juste. Ça fonctionnait vraiment”, glisse Alessandro Bonan, un des présentateurs de Sky. “En juillet, je lui ai demandé de participer à l’émission que je présentais sur le mercato du Calcio. Elle a l’ironie, un sourire contagieux et, surtout, elle connaît bien le foot.”

Depuis septembre, Sky a mis la Française sur la Ligue des Champions. Bonnet est chargée des interviews d’avant et d’après match. Elle a œuvré sur les deux matches entre le Real Madrid et le Milan AC. Si cette tâche lui a été confiée, c’est notamment parce qu’elle parle six langues. À Bernabeu, elle a, par exemple, interviewé Özil en allemand, Higuain en espagnol et Cristiano Ronaldo en portugais. Fabio Caressa, qui présente ces soirées de C1 pour Sky, loue son travail : “Elle sait mener une interview et sait comment se comporter face à ces champions.”

Bien loin des clichés des télés italiennes envahies par les veline, ces potiches court vêtues. “Quand Sky m’a appelée, j’avais peur que l’on m’utilise comme la pouffe de service”, explique Bonnet. “Mais ça n’a jamais été le cas.” Vanessa Leonardi, 37 ans, une de ses collègues à Sky, confirme : “Nous sommes des journalistes avant d’être des femmes.”

De là à dire que la veline a totalement disparu... Le jeudi, Mediaset Premium diffuse en exclusivité en Italie la Ligue Europa. Aux côtés du journaliste, Barbara Guerra, une show-girl ultra-sexy, ex de Mario Balotelli, l’attaquant de Manchester City, une star en Italie. Elle a du mal à lire les résultats des matches.

Monica Vanali, 42 ans, elle, est une journaliste sportive très compétente de Mediaset. Son avis est sans concession : “Si un patron de chaîne a le choix entre deux journalistes femmes, il engagera celle qui montre le plus ses seins et ses cuisses.”

L’analyse d’Emanuela Audisio, 56 ans, journaliste au quotidien La Repubblica et une des plumes les plus brillantes d’Italie, est tout aussi explicite. “Oui, il y a de plus en plus de journalistes femmes dans le monde du foot. Mais c’est un cheval de Troie”, glisse celle qui a couvert neuf Jeux Olympiques et sept Coupes du Monde. “Elles sont souvent aux interviews. Parce que les chefs savent qu’un joueur de foot s’arrêtera plus facilement pour leur parler. Mais elles ne font jamais les sujets d’analyse, de commentaire. Ce sont les hommes qui traitent des sujets faisant autorité. Aucune femme n’a été la patronne d’un journal sportif ou d’un service des sports d’une télé.”

Sont-elles plus respectées qu’avant ? “Je trouve qu’il y a moins de respect que dans les années 80 ou 90”, estime Audisio. “Avant, il n’y avait pas de concurrence entre les hommes et nous. Maintenant si.”

Anne-Laure Bonnet le dit en souriant : “Je cumule deux inconvénients : je suis une femme et une étrangère. La double peine. Et les Italiennes, ce sont des tueuses.”