De toute sa carrière, le titre de vice-champion avec Saint-Trond est l'exploit dont Raymond Goethals a été le plus fier!

BRUXELLES C'est à Forest qu'il est né le 7 octobre 1921, mais c'est à Molenbeek qu'il usa ses premiers studs. Allez expliquer pourquoi le petit Raymond est né avec des chaussures de football aux pieds, que le ballon fait partie de ses gènes, alors que ses parents, dont il était l'enfant unique, n'éprouvaient aucun goût pour le sport.

Un bon gardien, pas un grand

Il alla donc tout seul, à 12 ans, pousser la porte du Daring et y signer une carte d'affiliation qui l'amena, à 18 ans et demi, en équipe première. Pourquoi effectua-t-il toute sa carrière au but, lui pour qui un grand gardien présente des qualités qui n'étaient pas vraiment les siennes: grand, costaud, avec des mains énormes? Il coupe court: «Mais je n'ai jamais été un grand gardien.»

Un bon gardien malgré tout. Dix ans au Daring, puis trois au Racing de Bruxelles.

Pendant deux de ces trois ans, il suivit les cours d'entraîneur au Heysel et c'est là que naquit sa véritable vocation. Il était né avec le football, mais cet employé communal il n'était, bien sûr, pas question de professionnalisme décida, à trente ans, qu'il serait entraîneur. Et il commença par passer toutes ses vacances à Joinville, où il rencontra celui qui allait devenir son maître à penser, Pierre Pibarot, le professeur de l'école d'entraîneurs de Joinville, un homme qui, comme lui, pouvait parler du matin au soir de football avec enthousiasme et passion.

Tout commença à Hannut

C'est à Hannut, en 2e provinciale, qu'il effectua ses premiers pas d'entraîneur, avec succès, mais c'est au Stade Waremme qu'il effectua ses véritables débuts. Waremme était en nationale, en promotion, et il faut bien se dire que, comme la plupart des équipes de l'époque qui ne faisaient pas partie de l'élite, elle n'avait tout simplement jamais eu d'entraîneur. En fallait-il ou pas? Les dirigeants étaient partagés, mais décidèrent de franchir le pas, via une petite annonce dans La Vie Sportive, l'organe fédéral. Si Raymond fut choisi, c'est tout simplement parce qu'il était le moins cher. Pratiquement gratuit.

À l'époque, c'était logique, puisqu'il avait tout à prouver et continuait prioritairement à exercer son métier d'employé communal à Scharbeek. Mais les rapports de Raymond Goethals avec l'argent ont toujours été accessoires. Même quand il devint l'entraîneur le plus titré et le plus demandé d'Europe, et donc du monde, il n'a jamais eu de grands besoins financiers. Il vivait dans un appartement banal, roulait dans une Opel Omega datant de Mathusalem, ne mangeait presque rien, ne buvait pas, n'aimait guère les vacances. Ses cravates, ses cigarettes, son café et son coiffeur constituaient l'essentiel de ses dépenses. Nous nous souvenons d'un jour, où nous étions allé le voir dans sa plantureuse suite de l'hôtel Palm Beach Concorde, en bord de mer à Marseille, il haussa les épaules: «Regarde, j'ai deux télés et deux W.-C. Mais à quoi ça sert, je ne peux en utiliser qu'un seul à la fois!»

C'était tout lui, cela, économe, parfois même radin, avec son argent, mais surtout avec celui de ses dirigeants. Il était toujours l'un des derniers à comprendre les sommes folles que les clubs dépensaient pour acheter des joueurs.

La révélation de Saint-Trond

Revenons-en à ses débuts de coach. Après avoir fait monter Waremme, il resta en Hesbaye. C'est Saint-Trond qui lui fit les yeux doux, et, s'il hésita un moment, c'est parce qu'à 38 ans, il eût été le plus jeune entraîneur de première division, mais, surtout, parce l'équipe limbourgeoise ne s'était sauvée qu'in extremis lors de la toute dernière journée. Son hésitation fut de courte durée. Goethals avait le caractère idéal pour accepter et être tout de suite accepté chez les Canaris où on adorait un adepte de la discipline basée sur le travail. Le courant passa si bien que Raymond resta sept ans au Staaien. Avec des moyens ultralimités et la défense la plus vieille de la première division, il gravit les échelons qui l'amenèrent au titre de vice-champion.

À moins de 40 ans,

aux équipes nationales

Dès sa deuxième année à Saint- Trond, en 1960, il avait été engagé par l'Union belge pour s'occuper des espoirs et des juniors. Son travail y fut si bien apprécié que Constant Vanden Stock, sélectionneur unique de l'équipe nationale, fit appel à lui pour devenir l'entraîneur adjoint des Diables Rouges; Constant Vanden Stock, qui avait travaillé, sans grande réussite, avec Victor Havlicek et Henri Dekkens, jouait le nouveau tandem Arthur Ceuleers- Raymond Goethals. Il faut préciser que, comme à Saint-Trond, la sélection n'était pas du ressort de l'entraîneur, mais bien d'un sélectionneur unique. À Saint-Trond, le comité de six membres avait tacitement décidé d'offrir ce choix à l'entraîneur, et le représentant du comité de sélection se contentait de lire la sélection que Raymond venait de coucher sur papier. En équipe nationale, la personnalité de Constant Vanden Stock, le sélectionneur unique, n'autorisait pas une telle façon de procéder mais, très vite, le sélectionneur national détecta la valeur de son entraîneur et, en 1966, après son triomphe trudonnaire, il le nomma entraîneur en chef avant de s'effacer pour permettre à Goethals de devenir le premier entraîneur sélectionneur de l'histoire de l'équipe nationale. C'était le 19 juin 1968, à Helsinki, pour le premier match de qualification des Diables en Coupe du Monde.

Raymond devenait professionnel à part entière et, à dater de ce moment, le football belge allait prendre, grâce à lui, une autre dimension dont nous vous rappelons les faits les plus marquants dans les pages suivantes.

© Les Sports 2004