Elle avait 20 ans et elle était encore inconnue

Autre personnage incontourable de l’histoire de La danse des canards : Marcel De Keukeleire, le producteur du disque. Né en 1922, ancien accordéoniste lui-même, devenu disquaire par la suite, Marcel voulut se lancer dans la production de disques en 1973 et il s’associa avec un... maître-nageur, Jean Van Loo, qui nageait dans le show-business dans la mesure où son beau-frère exploitait, à Mouscron, le club Twenty où s’étaient produits des inconnus nommés Jimi Hendrix, Jimmy Page avec les Yarbirds, Eric Burdon avec les Animals ou les Moody Blues.

De Keukeleire, c’est une époque. Van Loo, c’est la jeune génération. En 1973, ils triomphent grâce à Christian Adam (Si tu savais comme je t’aime). Puis ils lancent les Crazy Horse avec Alain Delorme (J’ai tant besoin de toi), Hot Chocolate (leur Brasilia Carnaval devient le générique d’une émission de Guy Lux)... Mais avec Amadeo et son Moving like a superstar, la tendance Van Loo prend le dessus. Les deux complices se séparent. En 1978, chacun va vers le style qu’il aime.

De Keukeleire cartonnera grâce à La danse des canards. Jean Van Loo pour sa part fera une autre découverte extraordinaire : Patrick Hernandez, un chanteur parisien de 28 ans, et son Born to be alive. Vingt millions de ventes dans le monde.

“Je jouais dans des groupes rock depuis l’âge de 17 ans. Cette chanson, je l’ai écrite en 1973 et je l’ai chantée pendant trois ans en version rock sans que, jamais, quelqu’un vienne me dire qu’il la trouvait extraordinaire. En 1978, Jean Van Loo m’a appelé à Ohain, dans le studio de Marc Aryan, pour me faire enregistrer une chanson qui s’appelait Making love. Pendant une pause, j’ai fredonné mon Born to be alive, seul avec ma guitare. Van Loo m’a demandé de la refaire et de la refaire encore. Je dois l’avoir chantée dix fois de suite. Quand il m’a suggéré d’en faire une version disco, il savait que, pour moi, rocker, ça serait un crève-cœur. Mais je dois admettre que j’ai alors senti que nous avions quelque chose de fort. Cela dit, je n’ai pas imaginé que Van Loo avait raison à ce point lorsqu’il répétait : C’est une bombe atomique que nous avons là !”

On a dit que Madonna avait été la choriste de Patrick Fernandez sur ce disque. Sur la Grand-Place de Mouscron, on montre un petit bistrot où elle aurait vécu à l’époque de l’enregistrement.

Patrick Hernandez : “Tout cela est faux ! Quand on a voulu sortir le disque aux États-Unis, nous avons pensé qu’il valait mieux engager des danseuses là-bas plutôt que de déplacer, à chaque fois, celles que nous avions en France et en Belgique. Madonna, qui avait 20 ans, et qui venait d’arriver à New York avec l’ambition de devenir danseuse, s’est bel et bien présentée à notre casting. Elle était différente des autres. Charismatique. Très sympa. Et tellement rigolote. J’ai pensé qu’elle avait trop de talent pour être simplement ma danseuse. Je voulais la présenter à Van Loo afin qu’il la lance. Alors oui, en 1979, je l’ai ramenée à Mouscron. Mais elle n’a jamais dormi dans ce bistrot de la Grand-Place où nous avions installé mes danseurs. Elle a passé une semaine avec moi dans la villa de Jean Van Loo à Aalbeke. C’est à 5 km de Mouscron.”

Madonna ne se voyait pas trop chanteuse. Patrick Hernandez : “Au départ, elle n’était attirée que par la danse et le cinéma. J’ai le sentiment que c’est en constatant que la chanson me réussissait bien – hôtels de luxe et limousines – qu’elle a été tentée.”

Après une année à Paris, elle est rentrée aux États-Unis. Son premier single, Everybody, date de 1982 et fut suivi, en 1983, par un album. Le suivant, en 1984, était conduit par Like a virgin. 21 millions de ventes dans le monde entier…

Cette brune aux cheveux courts : Madonna, à l’époque où elle vivait à Mouscron.D.R.