Jean-Pierre Martin évoque son épouse, disparue il y a 5 ans, à l’occasion de la première bourse Marie-Rose Armesto

HOMMAGE RTL-TVI C’était en janvier 2007. Marie-Rose Armesto, grand reporter à RTL, disparaissait après s’être battue contre un cancer. L’Algérie, la Bosnie, l’Afghanistan, le Rwanda, la Tchétchénie, l’Albanie… Elle avait parcouru le monde pour témoigner de ce qui s’y passait. 5 ans plus tard, RTL a créé une bourse de journalisme à son nom, dont les 3 lauréats ont été dévoilés hier. Simon François, Loïc Verheyen et Anne-Émilie Arnault décrochent ainsi un contrat de 3 mois à RTL. L’occasion pour nous d’évoquer avec Jean-Pierre Martin la mémoire de celle qui fut son épouse durant plus de 20 ans…

Comment est née l’idée de cette bourse ?

“Il y avait déjà eu une bourse au début des années 2000, qui avait permis de déceler des personnalités comme Sébastien Rosenfeld, Julien Modave ou Samantha Mansvel qui travaillent toujours chez nous. À l’approche des 5 ans du décès de Marie-Rose, il me semblait évident qu’il fallait faire quelque chose qui porte son nom. J’en ai parlé à Laurent Haulotte et Philippe Delusinne. L’idée d’une bourse Marie-Rose Armesto était née. J’espère que cette promotion sera aussi talentueuse que la précédente.”

Le souvenir de Marie-Rose est resté très vivace…

“C’était d’abord une journaliste de combat ! Son parcours et son enfance ont beaucoup influencé sa vie. Elle est née en Espagne, sous le régime de Franco, dans une région d’une pauvreté incroyable qui a poussé ses parents à migrer et à reconstruire leur vie en Belgique. Ça l’a marquée à jamais. Ça lui a donné l’énergie pour se surpasser et le journalisme a été le moyen pour elle de continuer le combat contre l’injustice. Elle n’était pas une journaliste comme les autres. Elle ne supportait pas de voir quelqu’un pleurer ou tomber sous les balles. D’où son combat par exemple face à ce qui se passait en Bosnie. On est allé au-delà de notre métier, en organisant des manifestations, en interpellant les politiques. Dans les années 90, elle a pris des risques en allant en Algérie pour dénoncer la cruauté du terrorisme islamiste. Elle arrivait dans des villages où elle découvrait 100 personnes qui avaient été égorgées. L’un de ses derniers combats a été son livre sur Malika, l’épouse d’un des deux auteurs de l’assassinat contre le commandant Massoud.”

Comment était-elle au sein de la rédaction ?

“Elle défendait ses collègues. Mais elle avait un côté rebelle. C’était une grande dame. Elle manque énormément. Si elle était encore là aujourd’hui, elle continuerait de ruer dans les brancards. C’est pour ça qu’il faut que son nom survive et cette bourse est un bel hommage.”

Vous étiez tous deux grands reporters et formiez un couple à la ville. Qu’est-ce que sa disparition a changé dans votre façon de travailler ?

“Ça a tout changé ! Je continue mes combats, mais je me sens parfois un peu seul. On s’épaulait. J’ai une fierté immense de ce qu’elle a pu faire et de ce qu’elle m’a apporté. Mais on est conscient qu’on a sacrifié une partie de notre vie privée. S’il y a un regret, c’est qu’on n’ait pas eu d’enfants. On vivait tellement à 100 à l’heure qu’on ne se rendait pas compte. On n’a pas vu passer la vie…”

Interview > Frédéric Seront

Marie-Rose et Jean-Pierre Martin se sont rencontrés à l’unif et se sont mariés en 1984. Demoulin

Simon François, Anne-Émilie Arnault et Loïc Verheyen sont les 3 lauréats de la première bourse Marie-Rose Armesto. RTL