Le sénateur CD&V Rik Torfs veut le rompre. Resistances.be voit là une stratégie anti-N-VA

EXTRÊME DROITE DENDERLEEUW “Je crois que le cordon sanitaire doit être au fur et à mesure oublié parce que cela stigmatise une grande partie de la population flamande.” Déclaration du sénateur CD&V Rik Torfs hier matin sur La Première. Un tabou est-il en train de tomber en Flandre ?

Le cordon sanitaire avait été mis en place à la fin des années 1980 pour faire front à la montée en Flandre du Vlaams Blok (devenu Vlaams Belang, VB) – et de l’extrême droite en général. Les partis traditionnels s’engageaient ainsi à ne jamais former une coalition avec le VB.

La question de la rupture du cordon s’est déjà posée à plusieurs reprises. Elle réapparaît aujourd’hui en raison d’un cas d’école apparu à Denderleeuw au lendemain des élections communales du 14 octobre.

Deux blocs s’affrontaient dans cette ville située entre Bruxelles et Gand. D’un côté, SP.A et Open VLD ont obtenu ensemble 11 sièges. De l’autre, CD&V et N-VA en ont décroché… 11 aussi. Aucun accord n’a pu être trouvé pour former une majorité. Si bien que le VB, avec ses trois sièges, se trouve en position d’arbitre… Et à nouveau, on parle de briser le cordon sanitaire. La N-VA locale y est favorable.

“J’ai défendu le cordon pendant très longtemps mais je constate qu’il a eu (des) conséquences très négatives”, dit Rik Torfs, pour le CD&V. Le système a provoqué, selon lui, la “frustration des nationalistes en général en Flandre. Ils ont été exclus et cela explique en partie le succès fou de Bart De Wever” et de la N-VA. Pour M. Torfs, Bart De Wever peut être considéré comme un enfant du cordon sanitaire.

Manuel Abramowicz (de resistances.be, spécialiste de l’extrême droite) concède que “le succès de la N-VA s’explique en partie par l’absence d’un parti nationaliste fort pouvant accéder au pouvoir”. Le vote protestataire, notamment, s’est ainsi déplacé du VB à la N-VA. Cela dit, “en 1988, personne ne pouvait prévoir que la N-VA allait apparaître 17 ans plus tard ! Elle a profité du cordon de “façon indirecte”.

Faut-il pour autant y mettre fin ? Il y a là un pas que Manuel Abramowicz ne franchit certainement pas. Parce que le cordon sanitaire a rempli son objectif qui était d’“écarter l’extrême droite du pouvoir”. Et parce que “le Vlaams Belang est un parti clairement d’extrême droite qui n’est pas fondamentalement différent du Vlaams Blok des années 80”.

Le responsable de resistances.be analyse la sortie de Rik Torfs comme une “stratégie politicienne” pour affaiblir la N-VA. Si le cordon a concentré le vote protestataire entre les mains du parti de Bart De Wever, à l’inverse “sa suppression est peut-être une façon de diviser l’électorat nationaliste flamand entre la N-VA et le VB”. “On veut diviser pour mieux régner. Ou, plutôt, diviser pour mieux contrer la N-VA.”

Antoine Clevers

Pour le sénateur CD&V Rik Torfs, le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang a favorisé le succès de Bart De Wever. photo news

Manuel Abramowicz.