Vous aviez quel âge à l’époque ?

Roger Laboureur : “Je suis né le 13 juillet 1935. J’avais donc 50 ans, presque 51. Et je peux vous dire que Michel avait 30 ans puisqu’il est né très exactement 20 ans après moi, à un jour près, le 14 juillet 1955 !”

Michel Lecomte : “Ça fait un beau point commun entre nous, non ?”

Au départ, on n’y croyait pas aux chances des Belges au Mexique…

Roger : “Non. Le début a été laborieux. Puis ça s’est amélioré jusqu’à ce fameux match contre la Russie qui a déclenché l’hystérie, puis l’Espagne, où on s’est qualifié pour les demi-finales. C’est ce jour-là que mon manque de vocabulaire est apparu. Je n’avais qu’un mot à la bouche : extraordinaire ! J’ai dû le dire 10 fois au moins…”

Michel : “L’émotion fait que vous n’avez plus accès à la partie de votre cerveau qui contient les synonymes.” (rires)

Lors de ces matches, vous n’étiez plus un commentateur neutre…

Roger : “C’est clair. J’ai fait exactement l’inverse de ce qu’on enseigne dans les écoles de journalisme.”

Michel : “Cela dit, si on a l’image de Roger d’un commentateur d’émotion, sa carrière ne se limite pas à ça. Il avait une vraie acuité dans le regard journalistique qui manque aujourd’hui aux jeunes.”

Pour revenir au fameux match contre l’URSS, c’était Franck Baudoncq qui le commentait, pas vous Roger…

Roger : “En effet, je ne travaillais pas ce jour-là. Mais j’ai été me mettre à côté de Franck. Et j’ai fini par commenter avec lui.”

Michel : “Ce qui était super aussi, c’est que Franck, qui était connu pour son style très littéraire, est passé ce jour-là dans un autre registre qu’on ne lui connaissait pas !”

Les commentateurs de la RTBF sont devenus de vraies stars après ce Mondial mexicain !

Michel : “C’est vrai. Les commentateurs sont devenus des acteurs de la campagne mexicaine au même titre que les joueurs, car ils resteront associés pour toujours à ces événements. Mon fils, qui n’avait que 3 ans à l’époque, a réécouté les matches ensuite jusqu’à l’âge de 10 ans. Pour les commentaires ! Il y a plein d’enfants qui peuvent vous parler de ça alors qu’ils n’étaient même pas nés à l’époque.”

Roger : “Oui, mais quand le match est bon et que l’équipe gagne, on devient d’office un meilleur commentateur. On est poussé par l’exploit qui est en cours. On est sublimé !”

Vous restez célèbre pour votre fameux “Goal, goal, goal”…

Roger : “25 ans après, on m’en parle encore toujours. Le problème, c’est que celui qui vient m’en parler est persuadé qu’il est le premier alors que je l’entends 10 fois par jour. (rires) Mais c’est vrai que j’ai tout fait pour. Je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même.”

Sur votre tombe, vous mettrez “Goal, goal, goal” comme épitaphe ?

Roger : “Ah! non, sûrement pas.”

Vos commentaires au Mexique ont quand même fait de vous une star. Vous avez même doublé un jeu vidéo !

Roger : “C’est exact. Je ne peux pas cracher dans la soupe.”

Sur place, vous réalisiez l’ampleur que prenait l’événement en Belgique ?

Roger : “Non, pas du tout. On n’était pas conscient d’un tel engouement. Ce n’est qu’en revenant en Belgique que j’ai pris conscience de ce qui se passait vraiment.”

Un dernier mot Roger : qui dans les commentateurs actuels pourriez-vous considérer comme votre successeur naturel ?

Roger : “Je suis en admiration devant Rodrigo Beenkens ! C’est lui qui fait le plus vivre les événements. Pour moi, depuis que la télé existe, c’est le plus éclectique et le meilleur. Il n’est pas bon qu’en vélo ou en foot. Vous lui demandez de commenter une course d’escargots, il sera capable de le faire et de vous captiver !”

Interview > Frédéric Seront

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Mardi 20.20

Roger Laboureur et Michel Lecomte n’ont plus jamais connu un événement sportif aussi intense que le Mondial 86.