Champion de l’avarice, il aimait aider les jeunes. Demandez à Johnny Hallyday…

Maurice Chevalier a été inhumé dans le cimetière de Marnes-la-Coquette qui, après le pont parisien de Boulogne-Billancourt, se trouve juste au-delà du parc de Saint-Cloud. Dans le parc privé de Marnes, il occupait une villa à deux étages, avec 26 fenêtres et parc grandiose, qu’il avait baptisée du surnom qu’il donnait jadis à sa maman, la Louque. Chevalier n’est pas le seul chanteur de Marnes-la-Coquette. Hugues Aufray s’est installé ici. Johnny Hallyday aussi, dans le même parc privé et dans une rue qui s’appelle aujourd’hui rue Maurice Chevalier.

Johnny Hallyday a bien connu son aîné. Et pour cause. Sa première apparition sur une grande scène parisienne, en première partie de Raymond Devos, se fit en septembre 1960 à l’Alhambra, 3.500 places, qui venait d’être rebaptisée Alhambra-Maurice Chevalier parce que Momo y avait pris des parts.

La prestation du jeune Johnny de 17 ans avait été applaudie par les jeunes rockers parisiens rameutés essentiellement par la famille, mais elle avait été copieusement huée par le Tout-Paris et par les professionnels qui se trouvaient dans la salle. Parmi les plus virulents, Henri Salvador criait tout simplement “Aux chiottes !”

Le jeune Johnny Hallyday n’a eu que deux pros pour le défendre : Raymond Devos, qui a menacé de ne plus se produire si on enlevait le gamin de l’affiche, et Maurice Chevalier qui est venu dans sa loge pour l’encourager et qui l’a invité à dîner chez lui, à La Louque de Marnes-la-Coquette.

Le gamin de 17 ans est arrivé avec sa vieille tante Hélène. Au menu : des pâtes ! Johnny Hallyday a souvent répété les conseils que Maurice Chevalier lui a donnés ce jour-là : “Tu soignes ton entrée et tu soignes ta sortie : c’est ça que les gens retiendront de ton spectacle. Entre les deux ? Tu chantes !”

La tante Hélène, elle, a surtout été frappée par une remarque que Maurice Chevalier adressa à son maître d’hôtel lorsque celui-ci lui demanda s’il pouvait servir le fromage : “Nous avons déjà eu le fromage avec les pâtes !”

L’homme le plus riche du spectacle français était aussi le plus radin. Il ne s’en cachait pas et l’avouait dans ses interviews : “Des services de publicité me font parvenir une centaine de lames de rasoir tous les mois. Eh bien ! J’hésite encore à changer la lame de mon racloir. C’est terrible d’avoir été pauvre dans son enfance. On prend un pli qui ne s’efface plus. La pauvreté est une mala die dont on ne guérit jamais.”

Johnny n’a jamais oublié.