Il fut le premier à remporter une véritable qualification et à enlever une victoire en phase finale de Coupe du Monde

À l'arrivée de Raymond Goethals à la tête de l'équipe nationale, en tant que premier vrai patron entraîneur et sélectionneur, cette équi- pe nationale était surnommée la championne du monde des matches amicaux. Elle avait, c'est vrai, battu les plus grandes équipes du moment: la Hongrie, l'Allemagne et le Brésil. Mais en compétition officielle, ses seules lettres de noblesse étaient le titre olympique de 1920 et le point arraché à l'Angleterre à Bâle en Coupe du Monde.

Les choses changèrent du tout au tout, et très vite, avec l'arrivée de Goethals au pouvoir.

Il invente les Diables Blancs

En fait, la qualification pour la Coupe du Monde de 1970 au Mexique était un véritable exploit. Raymond, qui ne laissait jamais rien au hasard, avait demandé et obtenu que le maillot habituel des Diables ne soit plus le rouge mais bien le blanc. Pour ce pragmatique, la question n'avait rien d'esthétique mais il avait constaté que, les matches se déroulant de plus en plus souvent en nocturne, les joueurs vêtus de blanc bénéficiaient d'un infime mais réel avantage de reconnaissance, et que ceci était bien un détail, mais pas une futilité pour un gagneur tel que lui.

Le tirage au sort n'avait pas été bien favorable aux nôtres: face à la Finlande, mais surtout à la Yougoslavie et à l'Espagne, la Belgique ne devait pas peser bien lourd d'autant qu'il n'y avait qu'un seul qualifié par groupe. Mais, contre toute attente, les Belges s'envolèrent vers une série de six victoires consécutives. Un succès pour commencer à Helsinki, une plantureuse victoire contre ces mêmes Finlandais à Waregem (6-1) ne servirent que d'apéritif avant les tâches cruciales.

Au Parc Astrid, les Yougoslaves déclarèrent une véritable guerre qui nécessita même l'intervention d'une trentaine de policiers sur le terrain. Deux exclus chez les Yougos, un chez nous (Heylens), un match d'un engagement et d'une brutalité inouïs, mais au bout du compte une victoire sans bavures (3-0) de la Belgique face aux plus récents finalistes du Championnat d'Europe.

Pour affronter l'Espagne à Chamartin, avec une équipe décimée (les titulaires Heylens, Van Himst, Plaskie, Peeters et Puis étaient indisponibles), Raymond Goethals sortit un lapin de son chapeau. Ce n'allait pas être le dernier.

Il alla, en effet, rechercher Pierre Poep Hanon, qui n'avait plus sa place en équipe première à Anderlecht et qu'il était allé observer à plusieurs reprises en réserve. Le capitaine fut à la base du match nul arraché sur le terrain du Real Madrid, avant de se faire exclure, l'arbitre portugais Garcia ayant mal interprété sa demande d'explication suite au but égalisateur absolument irrégulier des Espagnols. En 22 ans de carrière, Hanon n'avait jamais subi la moindre réprimande arbitrale

Le retour, à Sclessin, fut une terrible corrida dans laquelle le réalisme du coach belge fit merveille. Les Belges conservèrent la tête froide et s'imposèrent grâce à deux buts de Johan Devrindt.

Un contexte épouvantable pour la première victoire

Qualifiés avant même leur match retour en Yougoslavie, les Diables pouvaient préparer la phase finale au Mexique. Préparer est cependant, dans le cas qui nous occupe, un euphémisme. Le football belge commençait à peine à se rendre compte de ce qu'était le professionnalisme, mais ce mot fut totalement absent de la préparation à la phase finale, malgré tous les efforts de Goethals que la Belgique entière appela désormais Raimundo.

C'est ainsi qu'entre le mois de février et le mois de mai, aucun match de préparation ne fut organisé, malgré les demandes de la Hollande, du Brésil, de l'Allemagne, de la Grèce ou du Pérou. C'était les exigences d'Anderlecht, de Bruges et du Standard! La tournée en Amérique centrale, préconisée par Goethals, fut refusée pour des questions financières. Une seule fois avant le départ, les internationaux furent réunis, pour discuter finances et distribuer les costumes!

Sur place, absolument rien n'avait été préparé pour habituer les vingt malheureux sélectionnés à l'altitude, à la chaleur et au décalage horaire. L'ennui et le mal du pays s'installèrent, les primes étaient insignifiantes et les communications, hors prix: 1.140 francs de l'époque les quatre minutes. Les visites programmées ne rencontrèrent aucun succès et des bagarres concernant les équipements vinrent pourrir l'atmosphère.

Un arbitrage diabolique

Malgré cela, Raymond Goethals parvint à motiver ses troupes et à obtenir, très largement, le premier succès belge en Coupe du Monde: un très sec 3-0 contre le Salvador, devant 92.205 spectateurs, un record.

Battus logiquement 4-1 par l'URSS, grande favorite, les Belges livrèrent un combat décisif face à l'équipe locale soutenue par 108.192 supporters. Ce fut une des journées les plus noires pour le football belge, car la logique et la morale y furent totalement bafouées: les Belges livrèrent un match admirable mais furent victimes de la partialité de l'arbitre argentin Coerezza qui offrit un penalty aux Mexicains pour une faute absolument imaginaire de Léon Jeck, ce qui permit au Mexique de l'emporter par 1-0.

Compte tenu des circonstances, ce premier voyage au pays des Aztèques était cependant à marquer d'une pierre blanche.

La victoire contre l'Espagne permit aux hommes de Goethals de gagner leur premier billet pour le Mexique.

© Les Sports 2004