La fête des artistes a évolué vers un Festival international qui réunit, sur les prés de Chassepierre, des artistes de talents de toutes origines

Un petit village au cœur de la Gaume sera le week-end des 18 et 19 août le théâtre du Festival International des Arts de la Rue. Chassepierre est située le long de la N83 entre Bouillon et Florenville. Un point de vue le long de celle-ci fait le bonheur des touristes de passage.

En 1972 quelques artistes dont la poétesse Marie Fizaine et l’écrivain Georges Linze décident d’y organiser La fête des Artistes. Quelques habitants du village de Chassepierre et le foyer culturel de Florenville lancent Poésie village.

Au début il s’agit de flâneries de poètes et d’une exposition de peintures près de l’église. À l’époque, la fête a lieu le dimanche de l’avant dernier week-end du mois d’août et débute officiellement par la messe des artistes. Cette tradition est maintenue jusqu’à ce jour même si le festival se déroule sur 2 jours.

En 1973, Alain Schmitz, animateur au foyer culturel de Florenville arrive comme directeur artistique. Sous l’impulsion d’un comité de village la fête prend de l’ampleur. Une rue entière accueille des poètes et c’est le début des spectacles de théâtre de rue.

Le budget devient important et on décide, un peu forcé, de créer l’ASBL Fête des Artistes de Chassepierre dont Marc Poncin, habitant du village devient président. Il se souvient de ces débuts : “La fête accueille de plus en plus de monde et on passe d’une rue à tout le village.”

Le Festival International des Arts de la Rue est définitivement sur les rails. En 2003 le village proprement dit ne suffit plus à absorber le nombre sans cesse croissant de visiteurs conquis par la qualité des spectacles proposés. On s’ouvre vers les pâtures de l’autre côté de la Semois. Ceci amène les organisateurs à construire une passerelle provisoire pour passer du Breux vers l’autre rive. Fabriquée et montée par la Protection Civile elle sera remplacée par une construction fixe sur les piliers de l’ancien pont du vicinal pour l’édition 2013 (lire ci-contre).

un festival unique, Des univers multiples

Le festival est vraiment unique en son genre avec une programmation très éclectique sans cesse en évolution. L’affiche illustre un peu deux générations qui se dirigent unis vers un autre univers. À Chassepierre on trouve du musette à côté de l’électro. Des spectacles musicaux, burlesques, des numéros spectaculaires de cirque et des jongleries emballent les spectateurs dans une ambiance bon enfant. Rien à voir avec les festivals rock où les stars déchaînent la passion de milliers de fans sous des chapiteaux géants et des podiums crachant leurs décibels. Le public qui fréquente ce festival est familial. On y vient avec des amis et on en profite pour passer un bon WE dans un gîte en Gaume ou en Ardenne.

Pour Alain Schmitz, directeur artistique, le festival est avant tout caractérisé par son esprit : “Des artistes habitués à évoluer dans un milieu urbain et des gens de la ville qui descendent en milieu rural cela fait l’esprit Chassepierre. On ne trouve pas cela autre part et chacun y trouve son compte.” Il constate aussi que la Fête des artistes a évolué : “On n’en est plus aux cracheurs de feu et des jongleurs. Les artistes s’expriment autrement qu’au début. Le spectacle n’est plus seulement un amusement, il pose des questions à travers une réflexion sur les drames du monde.”

Chaque année un thème sert de fil conducteur à l’événement. Cette fois le thème se résume comme on en a pris l’habitude par un jeu de mots cher aux artistes : Univers… unis vers. Alain Schmitz commente son thème : “Les gens viennent au festival en famille, entre amis. C’est une occasion de se retrouver tous réunis.” Ils vont à la découverte de divers univers que pas moins de 45 compagnies et 200 artistes feront découvrir aux 25 à 30.000 visiteurs attendus sur les bords de la Semois : Univers du cirque, univers des enfants, univers théâtral ou musical, de la comédie ou des marionnettes, de l’art ou tout simplement univers singulier.

Depuis la création de l’ASBL en 1986, l’évolution jusqu’en 2012 est également perceptible dans les chiffres. Le budget global est passé de 30.000 à 550.000 €, celui pour l’animation de 13.750 à 200.000 €. Le prix d’entrée est pour sa part passé de 2 à 13 € et le nombre d’entrées payantes de 12.000 à 25.000 (2011). Les organisateurs peuvent compter sur le concours de quelque 200 bénévoles sans compter les services comme les pompiers, la Croix-Rouge ou la police.

Depuis plusieurs années un effort particulier est fait pour le respect de la nature par l’installation de toilettes sèches et l’utilisation de gobelets réutilisables au nom du festival. De plus en plus d’aménagements sont réalisés pour permettre l’accès aux personnes à mobilité réduite. Les bénéfices sont investis dans l’embellissement du village, dans des actions sociales, dans l’achat de prairies ou l’amélioration des infrastructures. Le bourgmestre de Florenville, Richard Lambert, qualifie le festival de Tec plus ultra en référence à l’impact touristique, économique et culturel de cette manifestation hors du commun.

JDC

Le public, les artistes et le soleil sont généralement généreux lors de ce festival international des arts de la rueEtienne Scholasse