De 1982 à 1990, les Diables Rouges n'ont de cesse de faire parler d'eux à la Coupe du Monde

BRUXELLES Si elles voulaient rallier l'Espagne, en 1982, les troupes entraînées par Guy Thys, qui avait pris les commandes de l'équipe nationale en 1976, devaient écarter la république d'Irlande, Chypre, la France et les Pays-Bas. Après un bon partage à Dublin, les Belges prirent enfin la mesure des Néerlandais grâce à un penalty converti par Vandenbergh. Trois succès poussifs contre Chypre et l'Irlande plus tard, ils étaient en tête du groupe. Le voyage à Paris fut plus délicat. Au Parc des Princes, Vandenbergh frappa d'entrée mais à la mi-temps, Michel Preud'homme avait encaissé trois buts. Celui de Ceulemans ne changea rien à l'affaire. Giresse, Tigana et leurs potes revenaient dans le parcours. Le 9 septembre 1981, le stade du Heysel était plein comme un oeuf pour la revanche. Un certain Alexandre Czerniatynski endossait ce soir-là sa première cape d'international. Le bel Alex allait remercier son entraîneur en marquant le premier but. De façon peu académique, à la Czernia en quelque sorte, mais les Diables étaient lancés et parachevèrent somptueusement le travail par Vandenbergh. Plus rien ne pouvait leur arriver, ils iraient en Espagne.

Ils y signèrent d'emblée un fabuleux exploit. Treize juin 1982. Match d'ouverture contre l'Argentine, championne du monde, au Camp Nou de Barcelone. Nonante-cinq mille personnes suivent la rencontre depuis 63 minutes et la plupart n'ont d'yeux que pour Maradona. Vercauteren arpente le flanc gauche et adresse un centre banane vers Erwin Vandenbergh, isolé. L'avant- centre lierrois avance à la rencontre de Filol, il attend, attend, puis frappe: 1-0. Coup de tonnerre dans le ciel catalan. La suite? Un succès difficile contre le Salvador obtenu grâce au regretté Ludo Coeck et un partage suffisant contre la Hongrie. A la 76e, les Hongrois étaient qualifiés et on voyait mal comment le cours de la rencontre pourrait être renversé quand, parti de son rectangle, Ceulemans se lança dans une incroyable cavalcade sur le flanc droit. A bout de forces, il adressa un semblant de centre à Czernia , posté au point de penalty. Celui-ci croqua à moitié sa reprise mais le ballon s'en alla mourir dans le petit filet du but gardé par un Meszaros médusé. La suite, oublions-la. Battus tour à tour par la Pologne et l'URSS, les Belges étaient éliminés.

1986: l'enfer mène

au paradis

Ils remirent l'ouvrage sur le métier et connurent la joie d'une nouvelle qualification en 1986, dans les conditions que l'on sait. Avant cet heureux dénouement, ils avaient souffert mille morts. Fin décembre 1984, ils revinrent avec un point d'un déplacement calamiteux en Grèce (0-0) et en Albanie, où ils connurent une humiliante défaite (2-0). Ils redressèrent la barre par la suite mais la Pologne leur souffla la première place du groupe. On connaît la suite. Au Mexique, les Belges vécurent une véritable épopée.

Mauvais pendant le premier tour, minés par des querelles intestines, illustrées par le retour prématuré au bercail d'un Vandereycken boudeur, les Belges passèrent au second tour par le chas de l'aiguille. Mais quelle suite! La victoire, après prolongations, contre l'URSS restera dans le souvenir des amateurs comme l'un des plus hauts faits d'armes de l'histoire de la Coupe du Monde. Moins ébouriffante, la qualification aux tirs au but contre l'Espagne démontrait cependant tout le talent retrouvé de cette très grande équipe belge. Maradona, au faite de sa gloire, brisa l'élan tricolore en demi-finale et les Français remportèrent le match pour la 3e place mais le retour au pays fut triomphal. La Grand-Place, de noir, de rouge et de jaune vêtue, débordait de toutes parts d'une foule euphorique sous les yeux ébahis de dieux du stade qui ne s'attendaient pas à une telle réception. Ah! le regard embué de Renquin, ce dur au coeur tendre. Même le grand Zean-Marie , transi d'émotion, en perdait très provisoirement son goût pour les facéties.

1990: injuste destin

On eût admis, après tant de joies, que les Diables baissent un peu pied. Ils eurent le bon goût de remettre ça en 1990. Le parcours qualificatif fut honnête sans plus et marqué par l'arrivée de Walter Meeuws aux commandes. Un intermède de six matches suivi d'un limogeage en règle et du retour de Guy Thys aux affaires. Un désolant partage, au Heysel, contre le grand-duché de Luxembourg ne fut pas étranger au dégommage de l'ancien international. Quoi qu'il en soit, les Diables accédèrent aux huitièmes de finale du Mondial. Battus par les Espagnols et difficiles vainqueurs des Coréens, grâce notamment à un missile de Michel De Wolf dans le plafond du but de Choi In-young (pour la prononciation, s'adresser à Roger Laboureur), Enzo Scifo et ses compagnons livrèrent contre l'Uruguay de Franscescoli un match de toute beauté. A dix contre onze, Gerets ayant été exclu, ils émergèrent par trois buts à un.

A Bologne, le 26 juin, ils rencontraient l'Angleterre. Ils survolèrent le match. A une minute de la fin de la deuxième prolongation, exploitant un coup franc qui n'aurait jamais du être accordé aux siens, David Platt n'en crucifia pas moins Preud'homme. Quelle injustice!

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