Etonnante découverte scientifique

GESVES De Sidney en Australie, de Paris, de Lille, de Liège, les scientifiques étaient présents mardi à la maison communale gesvoise pour présenter une découverte paléontologique de premier plan. En fait, dans le mécanisme de l'évolution, tout un chacun est concerné puisqu'il s'agit d'un fossile attestant de la mâchoire d'un des premiers vertébré terrestre, qu'on appelle aussi tétrapodes. Autrement dit, un des premiers animaux à être sorti des eaux pour conquérir la terre.

Le fait est d'autant plus surprenant que l'échantillon en question a été trouvé sur le territoire de Gesves en 1888 par Maximin Lohest qui est aussi le découvreur de l'homme de Spy. Cette pièce, sur laquelle beaucoup de chercheurs espéraient tomber un jour, figurait incognito parmi les importantes collections de l'université de Liège qui n'avaient pas été fouillées de fond en comble. Ce qui faisait dire au bourgmestre Philippe Mahoux, en aparté: «C'est un peu comme le trésor de Rackham le Rouge dans Tintin. On cherche le trésor partout dans le monde alors qu'il est à Moulinsart.» C'est un chercheur français, Gaël Clément, qui a mis la main dessus par hasard alors qu'il effectuait des recherches pour sa thèse.

«Nous avons pris nos dispositions pour que le site soit réservé à la science et aux auteurs des recherches», explique Philippe Mahoux, qui souhaite que le lieu précis soit tenu secret pour éviter les convoitises des chercheurs de fossiles.

«Nous avons ici un des tout premiers vertébrés à pattes, explique le jeune chercheur français. Nous cherchions depuis longtemps la trace d'une espèce qui fait le lien entre les poissons et le passage aux tétrapodes.» A ses yeux, c'est une chance que l'échantillon ait été trouvé en Belgique. «Parce que le dévonien tardif, c'est-à-dire il y a 360 millions d'années, est étudié ici depuis plus d'un siècle. La datation permise est donc précise. Aussi parce que nous avons une bonne idée du paysage de cette région à cette époque.»

Le climat était alors fondamentalement différent d'aujourd'hui. Il était tropical à subtropical. Le paysage prenait la forme d'une grande mangrove en bordure de mer. Les espèces les plus répandues en ces temps lointains étaient des poissons à plaques. Puis est arrivée une grande crise écologique, une profonde modification du climat, qui a fait disparaître 80% des espèces.

© La Dernière Heure 2004