Le picard est la langue presque natale de Christian Derycke

MOUSCRON Agé de 46 ans, Christian Derycke est un auteur patoisant particulièrement apprécié des Mouscronnois. Cet instituteur de cinquième primaire a déjà écrit ainsi quatorze pièces en picard. Chaque année, grâce à sa prose particulièrement caustique, la compagnie Marius Staquet fait un véritable tabac!

`A la maison, nous parlions le picard. Mon père était entrepreneur indépendant et c'est le langage qu'il utilisait pour parler avec ses ouvriers. J'avais sept ans, quand il a commencé à jouer au théâtre wallon, dans la compagnie Marius Staquet. J'ai été voir toutes les pièces auxquelles il participait. Très tôt, j'ai donc été plongé dans le monde du théâtre grâce à lui´, retrace Christian Derycke.

Le goût d'écire et de chanter est arrivé bien plus tard, à l'âge de 16 ans, lorsqu'il est devenu animateur de patro. `Nous avions formé un petit groupe. On a d'abord chanté des chansons françaises, puis je me suis mis au picard. J'écrivais des poèmes, des chansons, des pastiches,´

Il se passera encore un certain temps avant qu'il ne se lance dans l'écriture d'une pièce entièrement en picard. `Marius Staquet m'a une fois proposé un rôle de figurant, dans une pièce qu'il avait écrite et qui s'intitulait L'bossu de Lagardère. Il est malheureusement décédé en 85. Un jour, j'ai commencé à écrire quelques dialogues et puis, une pièce qui abordait le thème du racisme sous le ton de la comédie. J'ai fait lire cette pièce à Mme Staquet qui m'a encouragé à en écrire d'autres. Nous avons monté finalement ma première pièce, Tête de fimmes, en 1989.´

Le public rajeunit!

Depuis lors, Christian Derycke en a déjà écrit quatorze! Auteur patoisant n'est pas un hobby de tout repos. En effet, celui-ci se met généralement à écrire une pièce en juillet, durant ses vacances : `Je me lève un peu plus tôt que la famille et j'essaye d'écrire quelques pages. Pour la fin du mois de juillet, j'ai généralement terminé le premier acte. Je continue ensuite pendant les vacances de Noël et de Carnaval. Lorsque j'ai terminé, je propose à plusieurs personnes de la lire. Pour moi, le véritable examen, c'est bien entendu le soir de la première. Chaque année, le stress empire car les spectateurs comparent par rapport aux pièces précédentes!´

Le public répond heureusement à chaque fois présent. `Les gens ne parlent plus le picard et pourtant le public rajeunit, ce qui signifie bien que cette langue reste dans l'oreille des Mouscronnois!´. Pour l'aider dans l'écriture, notre auteur ne rechigne jamais à consulter un lexique consacré au patois Mouscronnois, écrit par Léon Maes.

Même si Christian Derycke doit encore la terminer, nous pouvons déjà vous annoncer que la prochaine pièce tournera autour d'une histoire d'héritage. Ensuite, la compagnie Marius Staquet va la répéter à partir de fin août jusqu'au mois de novembre, à raison de trois répétitions par semaine (lundi, mercredi et jeudi de 19 h 30 à 22 h 30). Dans la foulée, cette troupe d'amateurs est partie pour une bonne vingtaine de représentations, soit jusqu'au mois de mars. Heureusement que Christian Derycke peut compter sur une épouse compréhensive, pour assouvir ainsi sa passion du picard!

© La Dernière Heure 2003