A Aiseau, sur le bord de la Bième

AISEAU Les glaceries de Sainte Marie d'Oignies ont fait la fierté d'Aiseau. Mais aussi de tout le royaume car c'est dans ce village aux frontières de deux provinces que sont nées les premières glaceries de Belgique. S'étalant sur plusieurs hectares, la manufacture des glaces et de la soudière a employé jusqu'à mille personnes. Innovante dans sa technique de fabrication, mais aussi dans la manière de traiter les ouvriers. Au début du XIXe siècle, ces glaceries étaient devenues un exemple en matière de protection des travailleurs et de qualité de vie.

Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques vestiges pour témoigner de ce glorieux passé. Une enceinte, des murs, une vieille cheminée, des bribes par rapport au gigantisme du site d'antan. Tout a disparu et le site est devenu un parc.

Plongeons dans l'histoire de ces surprenantes glaceries et dans le monde de son fondateur avant-gardiste. Il faut remonter en 1839. François Houtart-Cossée et ses collaborateurs voient en le domaine du prieuré le site idéal pour y installer une glacerie destinée à fabriquer des glaces coulées, polies et savonnées et une soudière fournissant le sulfate de soude. Tout s'y prêtait à merveille. Un énorme territoire, l'eau avec la Sambre, les routes, le sable de Velaine et les charbonnages à proximité pour procurer l'énergie. C'est ainsi que tout commence.

Mais, l'expansion d'Aiseau ne va pas se limiter à la création d'emploi. Le patron des glaceries, François Houtart-Cossée est un révolutionnaire. Il va développer une qualité de vie pour ses ouvriers que nul n'arrivera à égaler dans la région, en tout cas à cette époque. Création d'écoles, d'une société de musique, d'un économat visant à guider les ménagères dans la gestion de leur budget, création de clubs sportifs.

Tout est pensé pour viser l'épanouissement du travailleur. Mais ce n'est pas tout. La direction va même jusqu'à donner la possibilité à chaque ouvrier de disposer de sa maison, moyennant une retenue sur sa quinzaine, mais attention, celle-ci sera proportionnelle à son salaire.

Les glaceries annoncent le prélude de la sécurité sociale également.

Les femmes ont droit au repos d'accouchement, un service sanitaire et de secours aux malades et blessés est mis en place. Un salaire minimum leur était garanti en cas de maladie. C'est ainsi que le patron a expliqué à ses confrères de Charleroi pourquoi le taux d'absentéisme était aussi bas. Tout était mis en place pour éviter la grève et le refus de travail. Les glaceries de Sainte Marie s'éteindront en 1931 au profit d'autres plus performantes.

© La Dernière Heure 2003