Par Serge Fayat

LES EXPLOITSQUE PERSONNE N’ATTENDAIT Justine Henin a remporté quatre fois Roland-Garros. En 2003, 2005, 2006 et 2007. Kim Clijsters, elle, a disputé à deux reprises la finale des Internationaux de France. En 2001, contre Jennifer Capriati. Et en 2003... face à Justine Henin. D’autres Belges, cela dit, ont également brillé sur la célèbre terre battue de la Porte d’Auteuil. Voici leurs histoires...

Jean Washer - 1925

Jean Washer a été le premier Belge à s’illustrer à Roland-Garros. Né en 1894, le Bruxellois, qui fut lieutenant durant la Première Guerre mondiale, atteignit ainsi les demi-finales de la toute première édition des Internationaux de France, en 1925. Le gaucher au service puissant et à la volée tranchante s’inclina toutefois assez sèchement contre Jean Borotra, l’un des fameux Mousquetaires, 6-2, 6-1, 6-3. Son fils Philippe, héros de l’équipe belge de Coupe Davis dans les années 50, se hissa, pour sa part, jusqu’en quart de finale lors de l’édition 1957. Il y fut battu en cinq sets par l’Américain Herbert Flam.

Nelly Adamson... Landry - 1948

Nelly Adamson fut la première joueuse à briller à Roland-Garros. Née le 28 décembre... 1916 à Bruges, elle remporta même le tournoi en 1948, battant en finale l’Américaine Shirley Fry 6-2, 0-6, 6-0. Cela aurait pu être la toute première victoire d’une Belge dans une levée du Grand Chelem si la Flandrienne n’avait été naturalisée française après avoir épousé en deuxièmes noces, en 1937, le joueur Pierre-Henri Landry. Également finaliste à deux reprises, elle fut même invitée, en 1991, à remettre la Coupe Suzanne Lenglen à Monica Seles après sa victoire contre Arantxa Sanchez-Vicario. Elle est décédée le 22 février 2010 à l’âge de 93 ans.

Jacky Brichant - 1958

Jacky Brichant fut, avec Philippe Washer, l’un des meilleurs joueurs que la Belgique a connus avant l’ère Open. Ayant appris à jouer sur le mur du garage tenu par son père, gardien de football au Racing de Bruxelles et Diable Rouge à deux reprises, le natif de Mont-sur-Marchienne remporta un premier titre de gloire en s’imposant dans le tableau... juniors à Roland-Garros en 1947. “Il ne voulait pas que je chausse les crampons”, raconta-t-il. “Alors, je me suis mis au tennis...” Joueur de fond de court admiré pour son jusqu’au-boutisme, il signera également le meilleur résultat de sa carrière en Grand Chelem sur la terre battue de la Porte d’Auteuil, lorsqu’il réussit à se hisser en demi-finale en 1958. Le droitier finit par mordre la poussière sous les coups du gaucher australien Mervyn Rose, futur vainqueur de l’épreuve, 10-8, 6-1 et 6-3. Jacky Brichant fut également un excellent joueur de basket-ball. Il fut ainsi cinq fois champion de Belgique avec le Royal IV et participa à de nombreux matches de l’équipe nationale. Pour la petite histoire, son accession en demi-finale à Roland-Garros lui rapporta 30.000 francs français. “Anciens francs français”, précisa-t-il avec le sourire. Ce qui devait correspondre à 45 €. “Mais je n’ai aucun regret. J’ai vécu mon époque.” Jacky Brichant est décédé le 9 mars 2011 à l’âge de 80 ans.

Xavier Malisse et Olivier Rochus - 2004

Ils s’étaient inscrits pour le fun. En guise d’entraînement, ou presque. Et deux semaines plus tard, ils sont repartis avec le trophée des vainqueurs sous le bras! Telle est l’histoire de Xavier Malisse et d’Olivier Rochus, lauréats en double lors de l’édition 2004 de Roland-Garros. Une histoire belge aux allures de conte de fées, mélange de hasard, de chance, de talent et de complicité. “On joue ensemble depuis qu’on a 10 ans. Malgré nos caractères différents, nous sommes de grands amis dans la vie. Et voilà qu’on se retrouve avec une coupe de Grand Chelem en main. C’est magique!” s’exclama le Coutraisien, incrédule. Surprenant, le titre des joueurs belges fut pourtant mérité. Durant le tournoi, Oli et Xa, comme on les surnomme, avaient réussi à faire mordre la poussière à quelques-unes des meilleures paires du monde. Jonas Björkman et Todd Woodbridge d’abord, Mahesh Bhupathi et Max Mirnyi ensuite. Et Michäel Llodra et Fabrice Santoro, enfin, en finale sur le score de 7-5, 7-5. “Lors des premiers tours, nous avons joué de manière très décontractée. C’était notre secret. Ensuite, on s’est piqué au jeu. Mais sans jamais se mettre la pression”, poursuivit Xavier Malisse. “Et on a bénéficié de cette petite dose de réussite dans les moments importants qui fait souvent la différence”, ajouta Olivier Rochus. Ce beau roman, cette belle histoire leur rapporta en outre 135.000 € chacun. Il s’agissait carrément, pour le petit Auvelaisien, du plus gros chèque de sa carrière. “Je ne sais pas ce que je vais en faire”, glissa-t-il. “Acheter des meubles pour mon nouvel appartement. Ou alors une voiture de sport...” sourit-il.

Dick Norman - 2009

Il avoue qu’il a dû se pincer pour y croire... Dick Norman n’oubliera jamais le mois de juin de l’année 2009. À 38 ans, un âge où la plupart des joueurs de tennis sont à la pension, le géant de Waregem réussit l’exploit d’atteindre la finale de Roland-Garros en double. “Je me rappelle que lorsque j’étais plus jeune et que je voyais des joueurs de plus de 35 ans encore taper sur une balle, ils m’inspiraient la pitié. Je me demandais s’ils n’avaient rien de mieux à faire dans leur vie, pas de femme, ou je ne sais quoi d’autre. Finalement, je suis content d’être encore là”, raconta-t-il. On se souvient qu’en 1995, Dick Norman avait atteint à la surprise générale les huitièmes de finale en simple à Wimbledon. En état de grâce, il n’était tombé que face à Boris Becker. Son étoile a ensuite pâli et le grand rouquin était sagement rentré dans le rang des joueurs anonymes. Le double a relancé sa carrière. Associé au Sud-Africain Wesley Moodie, un pur spécialiste, big Dick s’est offert une seconde jeunesse, se payant même le scalp des jumeaux Bryan pour s’inviter à l’apothéose des Internationaux de France! Il ne réussit toutefois pas à remporter la finale, s’inclinant 3-6, 6-3, 6-2 contre le duo formé par le Tchèque Lukas Dlouhy et l’Indien Leander Paes. “C’était déjà un conte de fées de figurer en demi-finale. Gagner aurait été ridicule!” s’exclama-t-il.

Kimmer Coppejans – 2012

Le dernier Belge à s’être illustré sur la terre battue de la Porte d’Auteuil se nomme Kimmer Coppejans. Le dimanche 10 juin 2012, le jeune Ostendais, 18 ans, a en effet inscrit son nom au palmarès du tournoi junior de Roland-Garros à la suite d’une victoire 6-1, 6-4 en finale contre le Canadien Filip Peliwo. “C’est une sensation indescriptible. Je suis sur le toit du monde!” s’exclama le Flandrien, qui s’entraîne à la Limburgse Tennis Academy et a pour modèle un certain Novak Djokovic. “C’est mon idole. J’ai encore des posters dans ma chambre. Peut-être que les gens me reconnaîtront désormais, mais pour moi, cette victoire ne changera rien. Je vais continuer à travailler pour progresser”, conclut-il. Qui sait? après Justine Henin et Kim Clijsters, le tennis belge a peut-être encore un bel avenir... l