Le célèbre détective est venu en visite chez son frère, à Spa

ELLEZELLES On est en pleine guerre. Si Hastings, invité par un ami, John Cavendish, est arrivé le 5 juillet, dans l’élégante propriété campagnarde de Styles Court, c’est pour y passer une convalescence : il a été blessé au combat et a passé quelques mois à l’hôpital.

Le 16 juillet, qui cette année-là tombe un lundi, lors du dîner, Hastings évoque le souvenir d’un policier extraordinaire qu’il a rencontré jadis en Belgique. Le lendemain, en sortant du bureau de poste de St Mary Styles, il aperçoit par le plus grand des hasards ce policier belge : Hercule Poirot. Désormais à la retraite, il a été accueilli ici en même temps que sept compatriotes, des réfugiés belges.

À Torquay, côte sud de l’Angleterre, Agatha Christie connaît le problème. À cause de cette guerre 14-18, elle a rencontré beaucoup de ces réfugiés belges qui ont suivi la filière anglaise mise en place par le comte Carton de Wiart : “Nous avions une véritable colonie de réfugiés belges. Pourquoi ne pas faire de mon détective un Belge ? Pourquoi pas un officier à la retraite ?”

Elle ne s’est jamais souvenue du pourquoi de ce nom, Poirot. Le prénom, Hercule, devait être fantaisiste comme l’étaient ceux de Sherlock Holmes et de son frère Mycroft.

En tout cas, à Styles, dans la nuit du 17 au 18 juillet, la vénérable maîtresse de maison est victime d’un empoisonnement. Le 18 au matin, Hastings court chercher Poirot qui va aussitôt faire appel à ses célèbres petites cellules grises. Il va résoudre l’affaire et ne va pas tarder à ouvrir, à Londres, un cabinet de détective privé.

De ses origines, Agatha Christie ne dit rien. Tout au plus, dans un recueil de nouvelles, Les Quatre, où, par exception, Hercule Poirot tient plus de James Bond que de Sherlock Holmes, l’auteur fait voyager son personnage à travers le monde et Poirot fait une escale en Belgique qui restera unique : à Spa ! Il y rend visite à un frère qui porte le joli prénom d’Achille.

Aujourd’hui, la Belgique abrite quelques familles Poirot : à Liège, à Louvain-la-Neuve, à Woluwé-Saint-Lambert et à Saint-Gilles. Rien dans le Hainaut. Ni chez Agatha Christie, ni dans annuaires téléphoniques de 2010.

Pourtant, la commune d’Ellezelles, située entre Lessines et Renaix, revendique haut et fort le fait qu’Hercule Poirot soit né en son sein.

Ellezelles est connue pour son sabbat de sorcières célébré chaque année. Cette tradition avait été lancée en 1972 par un folkloriste local, Watkyne. C’est cet homme, décédé en 1999, qui a affirmé qu’Hercule Poirot était natif d’Ellezelles. Restons logiques : puisque, jamais, personne ne l’a démenti, cela doit être vrai !

En 1980, Watkyne avait obtenu qu’on inaugure officiellement une statuette du désormais plus célèbre enfant du pays. Elle est apposée sur le mur de l’ancienne maison communale, à droite de l’église.

En vue de cette inauguration, on a sorti, vite fait, un acte de naissance d’Hercule Poirot, qui est né…. un 1er avril (et oui !).

En quelle année ? En 1850 ! La date tient puisque, dans La mystérieuse affaire de Styles, il est dit que le policier belge avait atteint l’âge de la retraite et que, cette année-là, qui était une année de guerre, le 16 juillet tombait un lundi. Ce qui ne fut le cas qu’en 1916.

Ce 16 juillet 1916, à en croire l’acte de naissance d’Ellezelles, Hercule Poirot était âgé de 66 ans. L’âge de la retraite ! Cet acte de naissance précise qu’Hercule Poirot, né de père wallon, avait une maman flamande, une certaine Godelieve Van Prei. Le nom de maman, traduit en français : Godelieve du Poireau…

Le personnage d’Hercule Poirot a été inventé dans le sud de l’Angleterre, mais il a sa statue dans le Hainaut belge.