LITTÉRATURE

Dans son dernier roman, l’écrivain-chanteur trace la route, pour mieux revenir au point de départ

BRUXELLES Des femmes, Yves Simon en a connu beaucoup. Intimement, mais aussi platoniquement. De près, de loin, lors des concerts ou dans les Foires du livre, elles ont toujours été en nombre, parmi ses fans. Qu’il aime leur compagnie n’est un secret pour personne et c’est fort joliment qu’il a choisi ce titre pour son dernier roman, road-movie l’entraînant de Paris au grand Sud et au bord de la Méditerranée.

Un périple semé de rencontres – comme ce vieil homme, dont il est question en quatrième de couverture, et qui lui demande “Où allez-vous ? Je n’sais pas. Comment saurez-vous que vous êtes arrivé ?” – qui vont le renvoyer, plus lucide et sans doute plus heureux, à la case départ…

C’est un des livres où je m’expose le plus”, dit-il. “Je raconte à la première personne une partie de ma vie et de celle de la femme qui la partage.” Et avec laquelle il vit une histoire pas comme les autres, depuis plus de vingt ans. “On a eu une première histoire qui a duré trois ans. À l’époque, elle (la comédienne Patrice Flora Praxo, NdlR) avait 23 ans, c’était une gamine. On s’est quittés dix ans… En fait, c’est elle qui m’a quitté, parce que quand j’ai eu le prix Médicis, j’étais un peu en apesanteur et elle trouvait que je ne pensais pas beaucoup à elle… Mais on s’est retrouvés, voici douze ans.” Dans une boulangerie, sourit Yves Simon qui, pourtant, ne croit pas au destin. “Si ça existait, ça nous laisserait peu de libre arbitre”, dit-il. En d’autres mots, la chance, il faut la provoquer.

Pour autant, La compagnie des femmes n’est pas qu’un livre autobiographique, genre qui ennuie profondément l’auteur du Pays des merveilles de Juliette. “J’ai envie de transmettre”, dit-il encore. “De partager des choses que j’ai apprises, notamment sur les femmes.

De là à affirmer qu’il a atteint, aujourd’hui, l’âge de la sagesse, il y a un pas que le globe-trotter – “j’ai dû faire quatre ou cinq fois le tour du monde, avec ma musique ou mes romans” – renonce à franchir.

Parlons plutôt de maturité… Quand on écrit, quand on chante, on rencontre des milliers de gens. Ça a été mon cas, aux quatre coins du globe. J’ai la chance d’avoir, souvent, des interprètes, au Brésil, en Turquie, on me traduit ce que les gens veulent me dire… Ça rend humble de voir que dans un pays que l’on ne connaissait pas, il y a des gens qui croient autrement, en autre chose. Et qui sont heureux autrement.”

Et lui, tiens, il l’est, heureux ? À quel point est-ce facile de l’être ? “Je vais vous raconter une anecdote qui m’est arrivée il y a quelques jours”, dit-il. “Vous allez croire que je plaisante, mais ce n’est pas le cas… J’étais donc tranquillement en train de lire un livre – car je travaille également pour Paris-Match, dans lequel je fais des critiques de livres – et, à un moment, j’ai baissé ce livre, écoutant les bruits de la maison. Patrice Flora était à l’étage en dessous et je me disais qu’il y avait une grande paisibilité dans cet endroit. À cette seconde précise, je me suis dit que si l’on me posait la question, je répondrai que je suis très heureux.”

“Je me suis dit aussi que le bonheur est toujours provisoire et qu’il fallait que j’en profite. On ne sait jamais, il peut toujours se passer quelque chose, un accident… Mais à cette seconde-là, j’étais très heureux. Et là, à cette seconde précise, aussi, je suis très heureux.

Sur scène aussi , quand il y est enfin remonté, il y a trois ans, aux Francofolies de Spa et de La Rochelle, à l’Olympia puis pour une tournée d’une vingtaine de dates, le chanteur s’est senti à sa place. Du coup, l’envie lui est aussi revenue de se remettre à la composition. Point d’impatience, toutefois, chez celui qui sait aujourd’hui ce que prendre son temps veut dire : “L’album ne devrait pas voir le jour avant septembre ou octobre 2012… Pour moi, c’est très équilibrant de faire les deux.

Isabelle Monnart

Yves Simon, La compagnie des femmes, Stock

Yves Simon se raconte dans La compagnie des femmes. Un road-book qui l’entraîne de Paris vers la Méditerranée, confronté à lui-même…