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Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur français, a confirmé dans la nuit de  mercredi  à jeudi que le tireur, qui a semé la panique à Paris durant plusieurs jours, était bien Abdelhakim Dekhar. L'ADN retrouvé au siège du journal Libération correspond en effet à l'homme arrêté quelques heures plus tôt. "Tous les faits démontrent son implication dans les faits qui lui sont reprochés, imputés depuis plusieurs jours" , a-t-il déclaré.

Mais dans sa déclaration à la presse, Manuel Valls a également déclaré "J'imagine que dès que le présumé coupable pourra être entendu, il le sera pour connaître toutes ses motivations" . Une annonce qui a vite fait polémique dans les médias français. En effet, le ministre a utilisé le terme "présumé coupable" , accablant ainsi le suspect. Sauf que, comme le rappelle Le Figaro, " le concept de présomption d'innocence veut que toute personne qui se voit reprocher une infraction est considérée comme innocente tant que sa culpabilité n'a pas été légalement et définitivement établie par un juge. Dans ces conditions, Abdelhakim Dekhar, placé sous le régime de la garde à vue, ne peut être qualifié de 'présumé coupable'" . La loi sur la présomption d'innocence a été promulguée en juin 2000 et est un principe du droit français.

Ce n'est pas la première fois qu'un politicien français se laisse aller à quelques libertés avec ce terme juridique. En 2011, Nicolas Sarkozy avait également fait la bourde en utilisant le terme "présumé coupable" pour Tony Meilhon dans l'affaire Laetitia Perrais, une jeune fille enlevée et tuée en janvier 2011. L'ex-président français avait alors critiqué la remise en liberté du principal suspect. Une déclaration qui avait choqué à l'époque syndicats et magistrats.

Autre évènement, même déclaration. Dans l'affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy avait qualifié les prévenus de "coupables" . " Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel ", avait alors déclaré l'ex-chef d'Etat français. Des propos qui avaient provoqué la colère des avocats de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, inquiété dans cette affaire.

Ces atteintes à la présomption d'innocence peuvent être punies, rappelle Le Figaro . Brice Hortefeux en a fait les frais en 2010. À l'époque, le ministre de l'Intérieur français avait été condamné pour avoir désigné de coupable un magistrat placé en garde à vue dans l'affaire Bettencourt alors que ce dernier n'avait pas encore été jugé.

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