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À la fin de son périple économique aux États-Unis, le prince Philippe a accepté de se confier à la presse. Entretien


SAN FRANCISCO Le prince Philippe a bouclé, vendredi, la mission économique en Californie en répondant aux questions des journalistes, notamment à celles de nos confrères de La Libre.

Les nouvelles technologies fleurissent, Obama et le Pape tweetent… Comptez-vous communiquer avec la population de manière 2.0 ?

“On verra le moment venu. Bien, sûr ça m’intéresse. J’ai d’ailleurs assisté à un séminaire avec certains de vos confrères, il n’y a pas très longtemps. Pour l’instant, cela ne fait pas partie de la philosophie de la Maison royale.”

Cela veut-il dire que, quand vous serez le patron, elles feront partie de la Maison royale ?

“Cela ne veut pas dire qu’il y aura des tweets quatre fois par jour…”

Depuis plusieurs mois, les scénarios quant à l’abdication de votre père se succèdent. Comment vivez-vous cette période ?

“Vous voulez que je relance la rumeur ? Pour moi, ce qui compte, c’est ce qu’on fait ici, dans les missions ; le reste adviendra un jour. Je m’y prépare avec enthousiasme.”

Vous semblez plus détendu, vous faites de l’humour. Qu’est-ce qui a changé en vous ?

“Je ne sais pas si j’ai changé. Je ne demande pas mieux de changer. Il faut être content de soi, bien sûr, mais pas trop. Il faut aussi pouvoir s’améliorer. Ici, il y a une bonne ambiance. Les Américains apportent quelque chose de frais. Ce sont des gens enthousiastes qui aiment qu’on réussisse. Ils aiment bien les histoires qui fonctionnent bien. Ils arrivent avec un a priori positif.”

Vous faites même rire le public.

“Le public répond, c’est un public qui a envie de s’amuser, donc on peut être drôle.”

Vous avez des contacts avec des patrons au plus haut niveau. Avez-vous le sentiment d’avoir des qualités de leader ?

“La qualité d’un leader, c’est celui qui arrive à tirer le meilleur de chacun. Les motiver, les aider à penser à long terme. Je ne sais pas si j’ai les qualités. Ce serait un compliment. C’est accessible à tout le monde de tirer le meilleur de chacun.”

Vous aimez présider ces missions. Quand vous serez roi, aimeriez-vous continuer à les présider ou passerez-vous le relais ?

“Il faut voir comment les choses s’organisent, si ça peut se faire ou pas. Mais je pense qu’il doit y avoir moyen d’aider aussi les entreprises. Il faut faire un effort de projection de notre pays à l’étranger, se présenter comme un gagnant. Et ça vaut pour tout le pays. Un pays, c’est comme une entreprise.”

Qu’apporte la princesse Mathilde dans ces missions. Ne vous a-t-elle pas manqué ici ?

“Nous sommes avant tout complémentaires. Nous formons une équipe pour représenter le pays. Sa présence était peut-être moins nécessaire ici. C’était une mission centrée sur les technologies.”

Vous êtes sportif, vous avez couru récemment les 20 kilomètres de Bruxelles. Vous l’avez fait pour l’image ?

“Je l’ai fait avant tout pour moi et mes enfants. Après 50 ans, je me suis dit qu’il était temps de faire plus de sport. Mes enfants sont sportifs également. Mon dernier fils Gabriel, notamment. Je veux rester jeune pour eux. C’était une expérience fantastique, l’ambiance était très sympathique.”

Les États-Unis sont un pays jeune. Comment perçoivent-ils le statut de prince et les monarchies en général ?

“La monarchie est une synthèse de traditions de la vieille Europe. C’est un univers qu’ils ne connaissent pas. L’accueil est bon et cela veut tout dire.”

Vous avez étudié à Stanford. Qu’en avez-vous retenu ?

“J’ai adoré mon séjour là-bas. Il y a un esprit d’enthousiasme. Je trouve qu’ils ont une approche très intéressante, ils sont obligés d’avoir un esprit de synthèse. Il faut pouvoir motiver son jugement et être clair. Cela m’a appris beaucoup de choses, des clés pour ma vie. Par exemple, Internet est un outil fabuleux mais ça ne pousse pas à la synthèse. Quand vous lisez un livre, un article, vous faites un effort de synthèse. Je redoute que les enfants “désapprennent” par ce biais. Internet, c’est pratique et génial, mais c’est parfois un peu facile.”

Avez-vous la nostalgie de ces années à l’université de Stanford ?

“Un peu oui, c’est normal. Ne fût-ce que parce que j’ai 53 ans et que j’en avais 23 quand j’étais là-bas… Mais il ne faut pas être nostalgique du passé. Croire que la vie est plus belle à vingt ans est un leurre. Elle est plus belle à 50 ans qu’à 20 ans si on la vit plus intensément.”

© La Dernière Heure 2013