Sports

L’ex-mari de Justine Henin est devenu un véritable mordu de cyclisme qu’il pratique régulièrement avec son voisin monégasque

MONACO La silhouette affûtée et le visage taillé à la serpe pourraient être ceux d’un coureur professionnel. Il faut dire que la pratique cycliste de Pierre-Yves Hardenne ne s’éloigne pas énormément du quotidien d’un pro. Véritable mordu de cyclisme, l’ex-mari de Justine Henin enfourche ainsi son vélo chaque jour et parcourt pas moins de 20.000 kilomètres par saison. Rencontre avec un passionné.

Comment est née cette passion dévorante pour le cyclisme ?

“C’est une discipline que j’ai découverte sur le tard. Après mon divorce, j’avais besoin de me laver la tête, de m’aérer l’esprit. Je n’étais pas bien à cette période. Un ami monégasque m’a invité sur une sortie collective et m’a prêté un vélo en me vantant le côté convivial de ce sport. Dès le lendemain, je commandais une bicyclette. Le coup de foudre a été immédiat.”

Quel était votre passé sportif?

“J’ai fait du judo plus jeune ainsi que du tennis, évidemment, et de la course à pied ensuite, juste avant de découvrir le vélo. Je voulais préparer un marathon, mais je me suis blessé juste avant de participer à celui de Paris.”

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le cyclisme ?

“Sa dimension conviviale. C’est un sport que l’on peut partager avec des pratiquants de tous les niveaux. L’arrière-pays monégasque, où je réside la plus grande partie de l’année, est, de plus, un formidable terrain de jeu.”

S’agissait-il d’une discipline à laquelle vous vous intéressiez déjà plus jeune ?

“Oui mais ma culture cycliste se limitait, à peu de choses près au Tour de France. Je suis depuis toujours un grand fan de Lance Armstrong. Sa force de caractère et sa capacité à se remettre en question pour durer dans le temps imposent le respect. C’est pour cette raison que je roule toujours sur des vélos Trek, la marque qui équipait l’Américain.”

Quelle est aujourd’hui votre pratique ?

“Elle est quotidienne. Pour que je ne roule pas, il faut vraiment que des éléments comme la météo ou un voyage m’en empêchent totalement. C’est quelque chose qui fait désormais partie intégrante de mon équilibre. Lorsque je suis en déplacement et que je loge alors à l’hôtel, j’emmène mon vélo dans le coffre de la voiture ainsi que mon home-trainer pour pouvoir m’offrir une heure de rouleau le soir dans la chambre.”

Cette assiduité est-elle motivée par une quête de performance ?

“Non pas du tout. Je n’ai jamais résumé cette pratique à une quelconque recherche de résultats. C’est avant tout dans un souci de bien-être. Ce sport est très sain. Je trouve qu’après avoir roulé, on ressent une profonde sérénité. On dort bien, on mange bien, bref c’est le bonheur au naturel. C’est dans cette visée que je maintiens cette constance. Et si je n’ai pas ma ration de vélo, cela ne se passe pas bien...”

Cela représente donc combien de kilomètres par an ?

“Je suis à un peu plus de 20.000 bornes je crois. Et si vous préférez parler en volume horaire hebdomadaire, cela représente de 10 à 15 heures par semaine au minimum.”

Vous entretenez désormais des relations privilégiées avec certains coureurs professionnels à Monaco. Comment ces liens sont-ils nés ?

“De manière très naturelle. À Monaco, le monde est petit et en roulant, on est très souvent amené à croiser la route des pros. De fil en aiguille, des relations privilégiées se sont ensuite installées.”

Vous entretenez ainsi une réelle amitié avec Philippe Gilbert.

“Oui, je crois qu’on peut le dire ainsi. J’ai d’abord rencontré Gert Steegmans et Tom Boonen, avec qui je roulais régulièrement, et c’est ce dernier qui m’a présenté à Phil lors de son arrivée à Monaco en me disant ‘Voilà un nouveau compatriote’. Je le connaissais déjà de nom évidemment.’’

Aujourd’hui, peut-on dire que vous vous côtoyez régulièrement ?

“Aussi souvent que possible en tout cas et dès que Philippe est à Monaco et que ses entraînements lui permettent de venir partager une sortie avec nous, les cyclos. Il me passe alors un petit coup de fil pour que nous nous retrouvions sur la route. Il s’agit pour lui de sorties de décontraction.”

De combien d’éléments se compose alors le groupe qui prend la roue de Philippe Gilbert ?

“Disons qu’au départ, nous sommes environ cinq à six cyclistes, mais, au fil des kilomètres, notre groupe se transforme en un vrai peloton. Avec le maillot distinctif qu’il porte désormais et la saison 2011 qu’il a accomplie, beaucoup de cyclos que nous croisons font alors demi-tour pour se joindre à nous.”

Avec quels autres coureurs partagez-vous également des sorties ?

“Il m’arrive de rouler avec Thor Hushovd. Quelques jours avant les Championnats du Monde, nous avions ainsi réalisé une sortie de 180 ou 190 bornes en compagnie de Phil.”

Il vous faut alors vous accrocher pour suivre le rythme ?

“Dans les cols, Philippe réalise les efforts qu’il a à faire, mais il a la gentillesse d’ensuite redescendre nous chercher ou de nous attendre au sommet. Il me paraît assez attentif au côté convivial de certains de ses entraînements. Je crois tout de même que cette manière de travailler est plus agréable pour lui.”

Vous raconte-t-il ses succès ?

“Plus que ses victoires, c’est plutôt des anecdotes de courses que nous évoquons. Je me délecte des histoires qu’il me confie, mais que l’on ne devine pas nécessairement devant la télévision. Sur Liège-Bastogne, les images ne montrent que les 80 derniers kilomètres, mais cela était parti à bloc. J’aime aussi connaître la mise en place tactique, les conversations qu’il a avec ses équipiers.”

Regardez-vous désormais toutes ses courses à la télévision?

“Oui, je n’en loupe pas une. J’aime beaucoup le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège et le Tour évidemment.”

Vous rendez-vous sur certaines courses ?

“Non pas vraiment. J’avais toutefois assisté au Grand Départ du Tour à Monaco en 2009 car j’étais chez moi à ce moment. J’adore pouvoir approcher le matériel. Mais on voit tout de même mieux devant sa télé. Le top, ce serait d’être pilote d’hélico sur le Tour.” (rires)

La vie d’un coureur se rapproche-t-elle de celle d’une tenniswoman ?

“Cela ne me semble pas très différent en tout cas. Le travail au quotidien est assez semblable et dirigé par la quête du résultat. L’aspect pression, la préparation d’un objectif, la remise en question après une performance sont également communs, du moins pour les deux champions qu’il m’a été donné de côtoyer.”

Fréquentez-vous également Philippe en dehors du vélo ?

“Oui, c’est le seul coureur, avec Steegmans, avec qui j’ai des relations aussi privilégiées. Nous partageons de temps à autre un restaurant par exemple.”

Philippe Gilbert vous conseille-t-il dans votre entraînement ou sur certains aspects de votre pratique ?

“Il nous arrive d’en parler sur le vélo, mais je me demande toujours dans quelle mesure nous pouvons mettre en application ce qui est bon pour un pro. Nous évoluons tout de même sur des planètes différentes.”

Faites-vous précisément très attention à votre hygiène de vie ?

“Oui, mais c’était déjà le cas avant que je ne mette sérieusement au cyclisme. J’ai toujours fait attention à ce que je mangeais, à mes heures de sommeil, etc...”

Votre quotidien s’assimile, finalement, à celui d’un coureur pro en quelque sorte...

“Phil dit souvent que je suis mieux qu’un pro car je n’ai pas la fatigue des déplacements à encaisser ni la pression qu’il connaît. Il est en tout cas vrai que j’ai la grande chance de bénéficier d’une qualité de vie que je reconnais d’ailleurs et qui se rapproche effectivement de celle d’un sportif de haut niveau.”

Pensez-vous qu’il vous aurait été possible de devenir coureur professionnel si vous aviez découvert ce sport plus tôt ?

“Non car je n’ai tout simplement pas le talent à la base. Comme on dit dans le jargon, je ne possède pas un assez gros moteur. J’aurais aimé faire carrière, mais je n’y serais jamais arrivé.”

N’avez-vous jamais pensé prendre une licence pour courir en masters par exemple ?

“Enchaîner les circuits tracés autour du clocher du village n’est pas quelque chose qui me branche. Pour moi, le cyclisme est synonyme de la découverte de jolis paysages et de moments de convivialité.”



© La Dernière Heure 2011