Renier : “Je m’endormais en écoutant sa voix”
(14/03/2012)
© Anouchka de Williencourt
- Les premières images du film "Cloclo"
- Jérémie Renier, le nouveau Cloclo
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Jérémie Renier n’était pas fan de Claude François et ne savait pas danser. Il est parti de zéro pour Cloclo
À l’écran, il faut parfois de très bons yeux pour parvenir à distinguer Jérémie Renier de Claude François dans Cloclo . Y compris lorsque Florent Emilio Siri pousse le vice jusqu’à mélanger images d’archives et de fiction dans une des séquences les plus bluffantes du film.
À la ville, par contre, pas moyen de les confondre. Cheveux courts en pétard, petite barbe mal rasée, Jérémie Renier joue clairement la carte de la distance vis-à-vis de son modèle. Et pas seulement physiquement. La langue de bois, ce n’est pas son registre.
“Claude François ne représentait pas grand-chose pour moi. Ce n’est pas ma génération. Je n’ai pas grandi avec lui. J’en avais une image un peu fausse, le chanteur à minettes qui se cachait derrière ses costumes à paillettes et ses chorégraphies un peu ringardes. C’était faux : c’était génial. Avec le film, ceux qui ne sont pas fans, qui ont toujours été un peu hermétiques à Claude François – comme beaucoup de gens – vont découvrir un musicien, un artiste plus pertinent et profond, complexe, moderne qu’on ne l’imaginait. C’était assez fascinant de découvrir son destin et ce qu’il était réellement en tant qu’homme, tout ce qu’il avait vécu. Car il est mort assez jeune, à 39 ans.”
Le mimétisme est impressionnant…
“On travaille beaucoup pour ça. Il danse, chante, fait des percussions et moi, je ne savais rien faire. Je partais de zéro. Je l’ai énormément observé, écouté. Heureusement, il y a beaucoup d’archives. Il a fait plus de 300 émissions de télé et on a eu accès grâce à la famille François à des archives privées, des documents audio, beaucoup de matériel dans lequel je pouvais puiser des choses. Je m’endormais même en écoutant sa voix. J’avais des vertiges avec le personnage. Quand je prenais un peu de distance, je me disais que je n’y arriverais jamais. Et je me replongeais dans le travail pour ne plus y penser. Comment la magie s’opère ? Je ne sais pas. À un moment, je me suis dit qu’il fallait aussi lâcher. J’avais tellement ingurgité de matériel qu’il fallait que je me fasse confiance et que j’accepte de mettre une part de moi pour lui donner corps, âme et humanité. Ce n’est pas juste être un sosie : il faut aussi faire passer des émotions, comme il les sentait, donc il faut s’approprier une part du personnage.”
Le vrai test, c’est le mélange des images d’archives…
“Oui, au début, cela m’énervait. J’avais demandé à Florent pourquoi il avait fait ça. Mais pour lui, c’était un clin d’œil, un hommage, un jeu sur le fait qu’un coup c’est lui, un coup c’est moi, et les gens ne savent plus qui est qui. Mais moi, je sais (rire). Parfois, je me dis que je lui ressemble, mais je me vois moi. J’ai beau me grimer. Et puis, ce n’est pas comme Benoît Magimel qui avait beaucoup de latex autour du visage. Moi, c’était du trompe-l’œil, de l’incarnation plus que de la transformation.”
Le film montre des aspects négatifs de Claude François…
“C’était primordial. On avait tous vu un documentaire de Mireille Dumas qui montrait ses facettes sombres. Il était tyrannique, exigeant, et a vécu un destin incroyable. Très vite, on était parti dans l’optique d’être frontal et de raconter Claude François dans tout ce qu’il est, avec ses moments tyranniques ou quand il est heureux. Il n’est pas raisonnable, dépensier, jaloux : c’était essentiel, sinon cela aurait été un film insipide, sans vérité. Même s’il y a des choses auxquelles on n’adhère pas, s’il nous débecte ou nous énerve, en même temps, il nous touche, on suit sa vie à travers ses yeux.”
On a l’impression qu’il est tout le temps dans l’excès.
“Il avait du mal à être léger. Il ne partait jamais en vacances. Ou alors trois jours et il revenait. L’inactivité le renvoyait à la mort, et cela le flippait, comme de descendre, de ne pas rester au top. Donc, il devait toujours rebondir sur des idées, il n’arrêtait jamais, il avait une énergie, il brûlait de l’intérieur. Et tout ça, sans drogue, sans alcool, sans rien. Il se shootait à la vie. Il prenait tout ce qui lui était permis, que ce soient les femmes, l’argent, il prenait du plaisir. C’était un compulsif. Non, ce n’est pas reposant de faire Claude François…”
Interview > Patrick Laurent
© La Dernière Heure 2012
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