Hadley: “Ce n’est que du bonheur”
(10/03/2010)
© Reporters
Spandau Ballet se produit ce soir à Forest National
BRUXELLES Ils auraient dû être en concert chez nous en novembre dernier, mais l’enthousiasme suscité par leur reformation et leur tournée fut tel que leur maison de disques leur a gentiment suggéré de faire un saut en studio, histoire de réenregistrer leurs tubes, avec de nouveaux arrangements, et de réfléchir à un nouvel album. Difficile de refuser une telle proposition, pour les membres de Spandau Ballet, qui ont donc décalé le démarrage de leur Reformation Tour. Un nom qui en dit long sur leur volonté affichée de renouer avec le succès d’antan.
“Nous avons démarré la tournée juste après Noël et, enfin, nous voilà” , explique Tony Hadley, la voix du groupe. Entretien.
Votre histoire avec la Belgique est longue et chargée de bons souvenirs…
“Oui. J’ai participé plusieurs fois à la Night of the proms et, depuis, je connais très bien Anvers. J’y suis allé avec Joe Cocker et James Brown, notamment. Le public est toujours épatant.”
Quelle différence y a-t-il entre ce que vous ressentez sur scène aujourd’hui et ce que vous ressentiez il y a vingt ou trente ans ?
“On est plus confiants, aujour- d’hui, en tant qu’artistes, parce que, tout simplement, nous sommes devenus de meilleurs musiciens. Quand vous êtes plus jeunes, que vous êtes en train de promouvoir un album sur scène, vous avez tendance à ne regarder que votre classement au Top 50. En vieillissant, vous devenez plus sage et plus relax. Aujourd’hui, on s’éclate et on reçoit d’ailleurs les meilleures critiques que l’on ait jamais eues de toute notre carrière. Pour nous, ce n’est que du bonheur.”
Néanmoins, vous avez l’impression que vous avez toujours quelque chose à prouver, ou vous en avez terminé avec ces questions, aujourd’hui ?
“Je pense qu’on a toujours quelque chose à prouver. On veut toujours être les meilleurs. En ce qui me concerne, je suis toujours en train de travailler ma voix. Plus largement, je pense qu’on a envie de prouver au public qu’on a toujours légitimement le droit d’être là et d’avoir du succès. Nous avons investi beaucoup d’argent dans ce show et, une fois encore, je pense qu’on a envie de prouver qu’on peut toujours donner de grands spectacles.”
Quel genre de public avez-vous aujourd’hui ?
“C’est un truc très mélangé. Il y a les fans de la première heure, mais qui sont aujourd’hui mariés, avec des mômes. Mais on a aussi des gens beaucoup plus jeunes et ça me ramène, à chaque fois, aux raisons qui font que j’aime tellement Frank Sinatra : c’est parce que ma mère écoutait ça tout le temps. Aujourd’hui, pour nous, c’est pareil.”
Ce qui doit être très plaisant pour vous : faire découvrir ses chansons à la nouvelle génération, c’est grisant, non ?
“Oui. La fille de John Keeble, notre batteur, est à l’université à Manchester et elle m’a dit qu’on étudiait Gold comme étant l’une des chansons qui ont eu une influence folle. Ce qui est comique, c’est que ces gamins n’ont aucune idée de ce à quoi nous ressemblons !”
Quand vous êtes remontés sur scène, la première fois, vous vous êtes dit que vous aviez perdu beaucoup de temps ?
“Pour ce qui me concerne, j’ai passé plus de temps à travailler sur ma carrière solo qu’avec Spandau Ballet. N’empêche, je continue à être très stressé quand il s’agit de monter sur scène. Le premier soir, on ne savait pas ce qui allait nous arriver. Et puis le public a été si accueillant qu’on a été très rassurés, rapidement.”
C’est une tournée qui n’en finit pas de grandir, aux quatre coins du monde !
“Oui, sauf aux États-Unis, où nous ne jouerons pas. Nous avons un show de charité prévu fin mars, mais nous avons tous des projets solos qui nous empêchent de jouer aux États-Unis aux dates qui auraient pu convenir.”
Vous le regrettez ?
“Oui, j’espérais qu’on pourrait y jouer. Mais ça pourrait peut-être se faire à la fin de l’année. Le truc, c’est qu’on aime tous être sur scène. Et se priver de dates américaines, ça nous peine.”
Le nom de votre tournée est Reformation Tour. Bien sûr, vous vous reformez. Mais c’est aussi le nom, Reformation, du label que vous aviez créé à vos débuts !
“C’est vrai. Mais notre idée était, au départ, de produire d’autres groupes, signer des groupes. Mais ça ne s’est jamais produit. Cette tournée étant un peu l’occasion de remonter le temps, le clin d’œil au label est sympa.”
Vous avez commencé en 1978. Vous n’avez pas vu passer le temps ?
“C’est le problème… Mon fils aîné a 26 ans et je regardais récemment les images du Band Aid : il était un bébé dans les bras de sa mère. J’ai quatre enfants : 26, 24, 19 et 3 ans et je me demande toujours où est passé le temps. J’adore la musique punk mais quand j’y pense, ça remonte à plus de trente ans et je ne sais pas où ont disparu toutes ces années.”
Mais quand vous êtes sur scène, l’âge ne compte plus, si ?
“Vous devez bosser pour rester fit. Je cours, je fais de l’exercice. Je vais avoir 50 ans cette année et je ne me sens pas si différent de quand j’en avais 24. Être à fond dans la musique vous aide à rester jeune, tout comme avoir un bébé de trois ans !”
Vous n’êtes pas encore grand-père ?
“Oh, non. Mais je pourrais l’être. Oh mon Dieu, je suis assez vieux aujourd’hui pour être déjà grand-père ! Merci à vous de me le rappeler…” (rires)
Interview > Isabelle Monnart
© La Dernière Heure 2010
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