Sardou, chanteur des années 2010
(28/08/2010)
© n.d.
Nous l’avons rencontré à Paris : conversation charmante et drôle
Un nouvel album et puis après?
MusicLive: le blog musique de la DH
PARIS Avenue Montaigne, l’une des plus chics de Paris. Au premier étage d’un restaurant où les people ont leurs habitudes, les journalistes défilent. Travail à la chaîne, donc, pour Michel Sardou qui n’aime pas particulièrement ça, mais s’y prête de bonne grâce, puisqu’il s’agit de défendre son nouvel album, Être une femme 2010 .
On attend sagement notre tour en lisant une gazette quand soudain il surgit, hilare, incrédule et un peu agacé aussi, alors que viennent de s’éteindre les caméras d’une (importante) chaîne de télé. “Mais alors là, je n’ai jamais rencontré un mec qui n’avait rien compris à ce point ”, lance-t-il en tirant une bouffée sur sa cigarette. “Il me demande si la chanson, c’est mon testament… ” À peine le temps de se demander à quelle sauce on va être mangée qu’il retrouve le sourire, tend une franche poignée de main, s’installe et demande “Alors, on va parler de quoi ? ” Ben, de l’album, peut-être. Allez, on se lance…
Trente années se sont écoulées depuis Être une femme. En vous mettant au travail, pour cet album, vous vous êtes demandé où ils étaient passés, ces trente ans ?
“Oui, je n’ai pas vu le temps passer. On s’est dit ça avec ma femme, il n’y a pas longtemps. Elle a des petits-fils – on a tous les deux des petits-enfants, évidemment – qui ont deux ans. Elle m’a dit Tu te rends compte, mes petits-enfants marchent, je n’ai pas vu le temps passer. J’ai passé ma vie à courir, quoi…”
Mais vous ne le regrettez pas ?
“Non, pas du tout. Mais là, je me dis que je vais peut-être arrêter ce rythme et courir au ralenti. Je vais marcher, quoi.”
Sur le moment, vous étiez conscient de ce rythme, de cette course ?
“Non ! C’est ensuite qu’on mesure ça. Moi, dans ma tête, j’ai 40 ans. Mais quand je fais un cent mètres, j’en ai 63, y a pas de problème !”
Pour votre dernier album, Grand Format, vous disiez vous être fait plaisir. Cette fois, qu’est-ce qui vous a motivé ?
“La même chose. J’ai cherché le plaisir. Aujourd’hui, mes rapports avec ma maison de disques sont très amicaux et je fais un peu ce que je veux. J’ai retrouvé la liberté que je pouvais avoir à mes débuts, quand les maisons de disques n’étaient pas des majors, n’étaient pas soumises à la même pression commerciale. Aujourd’hui, je fais un disque quand j’en ai envie, quand je veux, quand j’en ai besoin. Et librement. On discute, mais je redeviens l’artisan que j’étais au début et c’est très agréable et confortable.”
Et ce besoin se manifeste comment ?
“Ça, je ne peux pas vous l’expliquer… Depuis que j’ai débuté, je pense que mon prochain disque sera le dernier, parce que, après, ça ne va plus marcher. Je ne sais pas comment ça vient. D’un coup, vous êtes devant votre ordi et vous avez envie de parler de ça, de vous lancer dans un truc. Mais il n’y a pas de préambule, il n’y a pas de réflexion. Tout à coup, on sent un truc vers lequel on a envie d’aller.”
Qu’est-ce qui fait que vous pensez toujours que ce sera votre dernier album ? La peur de ne plus être aimé ?
“Non, je n’ai pas peur. Mais la grande question, c’est Écrire quoi, encore. Se répéter, c’est dangereux. Or, obligatoirement, on a dans son répertoire d’auteur des thèmes favoris – les femmes, l’amour, etc. –, sur lesquels on revient. Au bout d’un moment, on épuise sa réserve d’idées. Donc, il faut aller en chercher ailleurs et c’est là que ça devient compliqué. Quand on m’a dit de faire une chanson sur les femmes, je me suis dit que je faisais ça depuis 40 ans et puis, finalement, c’est venu.”
Être une femme a été énorme; du coup, choisir un titre comme celui-ci, ça peut être à double tranchant : c’est un beau clin d’œil, mais il ne faut pas se louper…
“Je n’ai pas pensé à ça. J’avais envie de faire une suite et c’est comme ça que ça a commencé. Mais je ne savais pas si j’irais au bout mais je me suis lancé. La première, je l’avais écrite avec Delanoë, et j’avais été aidé par Pierre. Mais là, j’étais tout seul. Après, il reste l’intro, mais c’était un jeu au départ. Ensuite, on l’a monté et réalisé comme ça, le public dira si j’ai eu raison ou tort. Mais ce n’est en aucun cas un bilan ou quoi que ce soit. C’est une chanson pour danser; d’ailleurs, il faut vraiment prêter l’oreille pour comprendre tout ce que je raconte.”
Michel Sardou, Être femme 2010 , Universal. En concert les 17 et 18 mars à Forest National. Réservations : 0900/00.456.
Interview > I. M.
© La Dernière Heure 2010
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