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Dix ans, comme un battement de cil

(28/04/2012)

Norah Jones a gagné en maturité, en profondeur et en liberté


LONDRES Elles sont trois. Comme les drôles de dames. Assises en rang d’oignons sur un joli canapé. Toutes les trois tapotent leurs portables, iPhones, prenant des airs inspirés… Agent, attachées de presse, autre chose encore ?

Ce sont elles les gardiennes du temple, en tout cas. De la pièce d’à côté montent des éclats de voix, des rires. On capte un mot par-ci, un mot par-là et l’on s’étonne de la vitalité, de la gaieté de Norah Jones. Allez savoir pourquoi, on imaginait une jeune femme un peu évanescente, et c’est une chanteuse pleine de joie, ravissante en diable et fort sympathique qui nous accueille dans la Red Room d’un hôtel branché du non moins branché quartier Seven Dials, au cœur de Londres.

C’est là que la belle a choisi de présenter à la presse européenne son petit dernier, Little broken hearts , où elle raconte autant de petites peines d’amour qu’il y a de chansons. Jamais deux fois sur le même ton, pourtant. Et en s’éloignant (parfois) délibérément de ce style qui fait son succès depuis Come away with me . C’était en 2002, déjà.

Slim noir, petit pull marin et mini- queue-de-cheval – finie la longue chevelure –, elle a l’air plus jeune encore qu’autrefois. Drôle de paradoxe. Car musicalement, elle a grandi. Elle nous serre la main, ôte ses chaussures à talons plats et se recroqueville dans son fauteuil. Prête à répondre – brièvement – à tout…

Il s’est écoulé dix ans depuis la sortie de votre premier album. Ils sont passés comme un battement de cil ?

“Absolument. Je ne m’en rends compte que lorsqu’on m’en parle. J’ai fait beaucoup de choses en dix ans, c’est vrai, mais c’est le cas de tout le monde, non ? La différence, c’est que les miennes sont publiques… Cette période de ma vie entre 22 et 32 ans a été très excitante, très fun.”

Vous avez écrit et enregistré cet album sous le soleil de Los Angeles. Ça change tout ?

“C’est sûr que l’album aurait sans doute eu une autre tonalité si je l’avais fait ailleurs. Tout est dans tout et tout change tout.”

Vous étiez dans un état d’esprit particulier quand vous avez coécrit ces chansons ?

“Chaque moment est différent, j’ai pu m’en rendre compte depuis mes débuts. Mais là, c’était différent parce que j’écrivais avec Brian (Burton, alias Danger Mouse, NdlR). Nous avons construit ces titres ensemble et pour moi, ça, c’était unique et très spécial.”

Vous n’aviez jamais fait cela auparavant ?

“Pas de manière aussi proche, non. Et je n’étais jamais arrivée en studio en n’ayant pas des titres déjà prêts. Cette fois, tout restait à faire.”

Ça vous a stressée au début ?

“Non, pas tant que ça. C’était plutôt excitant. Brian et moi sommes amis et il m’a mise à l’aise. Si j’avais dû faire ça avec un étranger, les choses auraient été totalement différentes.”

Et c’est plus facile de dire à un copain qu’on n’est pas d’accord avec ce qu’il propose ?

“Oui, il n’y avait pas de murs, pas de barrières, pas de crainte de heurter. C’est tellement plus facile de pouvoir être honnête et de dire les choses clairement. De pouvoir exposer toutes ses idées, même si vous ne savez pas si elles plairont ou pas.”

Mais quand on travaille avec un pote, on n’a pas tendance à se disperser ?

“Non… On est potes, on aime bien traîner ensemble, mais on sait aussi quand il faut se mettre à travailler. C’est pour ça que c’était bien de se retrouver tous les deux à L.A.”

Les chansons sont, pour certaines, vraiment courtes, mais pourtant ce n’est pas l’impression qu’elles laissent. Comment ça se fait ?

“Je pense que c’est pas mal d’avoir une chanson qui raconte quelque chose de précis en peu de mots, pour autant que ça vous touche et que ça vous dise : regarde, je suis là. Une chanson qui vous donne l’envie de la réécouter. La clé, pour Brian et moi, était de parvenir à dire certaines choses de la manière la plus concise possible. J’espère que c’est aussi poétique, à certains moments. C’est comme les grandes chansons de country que j’aime. La raison pour laquelle les titres de country sont aussi puissants, pour moi, des gars comme Willie Nelson, c’est qu’elles sont brèves, courtes, mais qu’est-ce qu’elles sont puissantes.”



Interview > Isabelle Monnart

© La Dernière Heure 2012

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