Homeland vs Game of thrones: Duel au sommet
(23/02/2013)
RTL et la RTBF lancent leur série phare ce dimanche. Duel acharné en perspective
BRUXELLES Les deux chaines croient beaucoup en leur série. Le duel s'annonce donc acharné entre deux productions qui ont chacune des arguments à faire valoir. Tour d'horizon des forces en présence pour ce duel au sommet.
Game of thrones (saison 1). Dimanche 19.55
Bienvenue à Westeros. Vaste monde divisé, onirique et néanmoins belliqueux issu de la salvatrice imagination de l’auteur George R.R. Martin, pape de la proverbiale et toujours en cours d’écriture saga Game of Thrones (Le Trône de Fer) . Dans cette adaptation télé signée HBO (premier gage de qualité) qui nous arrive sur La Deux après avoir ravi les nantis sur Be TV, il y aura des paysages à tomber par terre, des légendes à vous faire retomber en enfance, des dialogues au cordeau, des trahisons, du sang, du sexe. Mixez Le Seigneur des Anneaux (en moins gentil), Boardwalk Empire (pour les petites trahisons entre amis), Rome (pour l’ampleur de la réalisation et la qualité des décors et des costumes) et Spartacus (pour les incestes et scènes ostentatoires) et vous frôlerez l’état de stase dans lequel Game of Thrones est capable de vous emmener, pour peu que vous lui confiiez le temps de vous laisser pénétrer dans son très vaste univers.
Winter is coming…
Au Nord, près du Mur qui sépare la civilisation du Monde des sauvages où se tapit la menace, se posent les Stark, à Winterfell. Blason : un loup, sur fond blanc. Devise : Winter is coming (L’hiver approche). C’est qu’à Westeros, les étés se comptent en années, les hivers itou. Si ce n’est que ces derniers sont d’une rigueur incomparable avec nos sages fins d’années. Les enfants s’y terrent, les adultes y meurent et la pénombre y règne, sans répit. Or, après un été d’une longueur historique, le slogan des Stark n’a jamais été aussi juste : Winter is coming , et les ennuis qui vont avec…
Eddard (Ned pour les intimes) Stark, dignement interprété par Sean Bean (Boromir dans Le Seigneur des Anneaux ) est le Seigneur de Winterfell. Ses quatre enfants (les garçons Robb et Bran, les filles Sansa et Arya) et son bâtard (Jon Snow) sont tout excités, un matin, d’accueillir le Roi des Sept Couronnes, Robert, de la maison Baratheon (blason : un cerf jaune sur fond noir, devise : Nôtre est la fureur ). Ami proche de Ned Stark, avec qui il fit tomber jadis le régime du Roi Fou Aerys Targaryen (blason : un dragon rouge sur fond noir, devise : Feu et sang ), il n’est pas ici en simple visite de courtoisie : la Main du Roi (conseiller et protecteur du Roi dans la mythologie Game of Thrones ) est décédée dans de mystérieuses circonstances, où la cruciale famille Lannister (blason : un lion en or sur fond rouge, devise : Entends-moi rugir , devise officieuse : Un Lannyster paie toujours ses dettes , en référence au riche patrimoine de cette maison) ne semble pas étrangère. Robert Baratheon, qui prit pour Reine la fourbe Cersei Lannister, vient quérir les services de son vieil ami d’épée, lui demandant de laisser les siens derrière lui pour devenir la nouvelle Main du Roi, à Port-Réal. Le début d’une nouvelle ère…
Tout le monde peut aimer GoT
En écrivant ceci, on n’a pas dit 2 % de l’univers richissime de Game of Thrones . On vous a, peut-être, perdu en chemin également. Tentons donc de rétablir l’équilibre : Game of Thrones est simplement l’une des sagas télévisées les plus incroyables du 21e siècle. Certes, elle revêt un côté un peu sectaire, de par son approche héroïc-fantasy qui peut rebuter. Ne vous y trompez pas. Tout le monde peut aimer GoT . Et tout le monde devrait voir au moins quelques épisodes (un, c’est trop juste) de cette série (ou mieux, lire les livres) qui compte déjà trois saisons, pour comprendre à quel point le grand spectacle, en 2013, ça se passe aussi sur nos petits écrans. Il y a l’autrement brillante Homeland, en face ? Que Dieu bénisse l’inventeur du bouton rouge !
Homeland (saison 1). Dimanche 20.25
Voilà, on y est (pour trois épisodes ce dimanche et ensuite tous les mardis). La série qui laisse loin derrière elle toute concurrence depuis moins de deux ans débarque, enfin, et en français, sur RTL-TVi (après avoir accroché le regard des abonnés à Be TV les abreuvera de la saison 2 dès le 15 avril prochain). Forte de ses 27 récompenses – on frôle le record sur une si courte période de diffusion –, Homeland, la série dramatique de cette année, mais aussi de l’année dernière selon les votants aux Golden Globes, gardera-t-elle sa force de frappe en traversant l’Atlantique ? L’Amérique versus Al-Qaïda, les soldats esquintés en Irak, les théories du complot, la mystérieuse CIA, tout ça et le reste qui fait encore l’actualité, a-t-on encore les nerfs d’en découvrir davantage, de manière fictive ? Nous, on dit oui… Pour plusieurs raisons.
apparences trompeuses
Centre anti-terrorisme de Virginie. L’agent spécial Carrie Mathison – oui, premier bon point, signe de mini-révolution, l’héroïne sur laquelle repose le destin flamboyant des États-Unis est une femme – a joué un peu trop au Zorro en Irak et doit désormais se tenir à carreau. Ses opérations de protection de son pays, c’est depuis le siège de la CIA qu’elle les mènera… à très grande distance. L’histoire s’arrêterait évidemment là si Claire Danes (qui incarne brillamment une névrosée, tenace, intelligente et filoute Carrie), sujette à l’insubordination, n’avait pas l’intime conviction qu’un des leurs, un ancien soldat d’Irak, avait changé de camp. Nicholas Brody (un Damian Lewis ambigu au possible), un Marin qu’on croyait mort au combat, réapparaît huit ans après avoir donné un dernier signe de vie. Alors que l’Amérique scande le nom de son nouveau héros, torturé pour avoir porté les couleurs de son pays, que les télévisions le réclament, Brody se cloisonne chez lui, apprend à revivre au sein de sa famille. Un comportement qui, rapidement, met la puce à l’oreille de Carrie : l’espionne se fait fort de démasquer le traître que Brody est devenu pour sauver sa peau. Pourquoi ses bourreaux l’auraient-ils relâché ? Quelles sont les têtes pensantes de cet attentat que Carrie voit poindre à l’horizon ? À moins que tout ceci ne soit que le simple fruit de son imagination débordante, stimulée par une prise de médicaments à trop fortes doses pour combattre sa bipolarité… Entre flash-backs de scènes de torture en Irak, fausses pistes dans lesquelles s’engouffrent Carrie et ses coéquipiers, indics qui donnent leur vie pour un relevé téléphonique, Homeland nous conduit dans des chemins pas balisés, filant à vive allure au travers de sens interdit, sans jamais nous perdre en route. Un bijou de thriller dans lequel on n’est assuré que d’une chose : les apparences sont bel et bien trompeuses.
un faux air de…
Oui, il y a un air de 24 heures chrono. Mais un air seulement (les créateurs de Homeland ont fait leurs armes sur 24 heures). Kiefer Sutherland en héros de l’Amérique républicaine a fait son temps. Dans Homeland, les gentils ont l’air de méchants, et les méchants, on a un peu de mal à les déceler. La dichotomie Ricains/islamistes est floutée (quelque peu). Si la tension psychologique et le doute vous gagnent dès les premières minutes de cette série, sachez qu’elles ne vous quitteront que le jour où Homeland tirera sa révérence. Patience et courage donc. Pour supporter les mimiques de Claires Danes aussi, peut-être, (pourtant récompensée à plusieurs reprises du Emmy et du Golden Globe de la meilleure actrice) si vous êtes resté calé à l’époque de Romeo + Juliette. Petite info qui ne devrait guère vous influencer, mais sachez que le scénario n’est pas né d’élucubrations de scénaristes américains : Homeland est inspiré d’une série israélienne, Hatufim.
A. Ca. et Ch. V.
© La Dernière Heure 2013
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