Tintin au pays des consoles : le test
(09/11/2011)
Nous avons testé Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne. Imparfait, mais plutôt sympathique
BRUXELLES Le cinéma et les jeux vidéos ? Force est de constater que le mariage a plus souvent été foireux que glorieux.
Dans un sens comme dans l'autre : si fort peu d'adaptations de jeux ont évité l'écueil de la grosse blague cinématographique (Mario Bros, Max Payne,…), les jeux, dérivés eux-mêmes de films et surfant sur la vague marketing d'une licence rimant avec monnaie trébuchante ne convaincent pas beaucoup plus.
Qu'il s'agisse des adaptations des Pixar, Harry Potter et même Star Wars, dont la ludothèque compte au final plus de trous noirs que d'étoiles filantes (à l'exception des Knights of the Republic). Un seul jeu plus réussi que le film qui l'accompagnait nous revient en mémoire au moment d'écrire ces lignes : X-Men Origins Wolverine.
Qu'en est-il de ce Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, fraîchement paru sur toutes les plate-formes et développé par Ubisoft avec, nous dit-on, un droit de regard très appliqué de sieur Peter Jackson lui-même ? Notre avis.
On a aimé :
- La facilité de la prise en main. Si n'importe quelle BD de Hergé trouve sa place de manière de naturelle entre les mains d'un enfant, le gamepad de la Xbox 360, sur ce jeu, fait de même. La ligne claire vidéoludique ?
- La variété du gameplay. Un tout gros travail a été fait par les équipes d'Ubisoft ici. Le titre passe sans mal de la poursuite 3D en first person au jeu de plate-formes 2D avec boutons à actionner, échelles à atteindre, perroquets auxquels s'accrocher et Milou à envoyer dans les recoins moins accessibles pour dénicher des trésors. Poursuites en side-car, en avion, la manière de diriger Tintin n'est absolument pas répétitive.
- Le style cartoon et l'ambiance bon enfant. Les étoiles au dessus des "gredins" qu'on vient d'assomer, c'est parfaitement old school et recommandable
- Le mode Tintin et Haddock. Dans ce mode annexe à l'aventure principale, Haddock hallucine. Et c'est là qu'on sent enfin que les Français d'Ubi, habitués à pondre un level design d'exeption, se lâchent, libérés de l'étreinte graphique du film et des albums.
On n'a pas aimé :
- La réalisation technique. Sachez-le : le film de Steven Spielberg est clairement plus beau que ce titre. Les décors se laissent apprécier, mais les cinématiques, la modélisation et l'animation des personnages n'est pas au niveau de ce qu'une console next-gen est à même de proposer aujourd'hui sur d'autres titres. Cela passe sur la Wii, beaucoup moins sur la PS3 ou la 360. Haddock est complètement loupé.
- L'intrigue triturée. Le film prouve qu'on peut se réapproprier des pans du titanesque travail de Georges Remi sans pour autant le trahir. Ce jeu n'y parvient pas aussi bien. Haddock jure à peine mais surtout ne se met aucune goutte de whisky dans le gosier. Faute grave, même si le jeu se destine surtout aux enfants. Haddock sans whisky, c'est comme Spirou dans son chapeau de groom.
- La longévité. Tout adulte qui a déjà tenu une manette entre les mains ne fera qu'une bouchée du jeu, qu'on a bouclé en moins de cinq heures. Les petits traîneront forcément un peu plus, butant sur certains chapitres plus exigeants (les passaqes aquatiques, notamment). C'est peu.
Conclusion :
Adapter une franchise mondialement célèbre est un exercice extrêmement compliqué. Ubisoft, probablement très mobilisé par la sortie imminente des deux bombes Rayman Origins et surtout Assassin's Creed Revelations n'a peut-être pas mis toute la gomme (notamment sur les aspects techniques) sur ce Tintin dont on espérait beaucoup.
Mais soyons de bon compte : la mise en scène, l'esprit bon enfant et le bel hommage au jeu de plate-forme d'antan propulsent ce jeu un cran au-dessus de la plupart de ses cousins germains dérivés de longs-métrages.
C'est bien assez pour garantir quelques heures (pas plus, malheureusement) de plaisir à nos chères têtes blondes. Et c'est tout ce qu'on demande à un jeu de cet acabit, qui n'a pas pour vocation de mixer l'époustouflante beauté d'un Uncharted 3 avec le rythme effréné du nouveau Call of Duty.
Alexis Carantonis
© La Dernière Heure 2011
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