Argent Parler argent est loin d’être une priorité des couples dans notre pays.

L’argent est un sujet rarement abordé au sein d’une relation amoureuse en Belgique : six couples sur dix ne parlent jamais de leurs finances, selon une enquête réalisée par Iliv auprès d’un échantillon représentatif de 4.143 personnes.

Plus surprenant, plus d’un Belge sur cinq en couple ignore le revenu de son partenaire ou le montant de son épargne.

Parler argent serait-il tabou dans le cadre d’une relation amoureuse ? "Plus qu’un tabou, il y a une norme qui traverse la société : celle de l’autonomie et de l’épanouissement personnel au sein du couple. Cela se traduit dans le travail, les loisirs, les activités sociales et même les revenus. Au lieu de tout mettre en commun, chacun garde une autonomie dans les revenus. C’était moins le cas avant puisque la femme ne travaillait pas et n’avait donc pas ses propres ressources financières", analyse Laurent Nisen, coordinateur du panel de démographie familiale à l’Université de Liège (ULg). "Dans le passé, on se mariait pour le meilleur et pour le pire. Aujour- d’hui, c’est différent. Les couples se vivent plus sous la forme d’un partenariat."

L’explosion du nombre de contrats de cohabitation au détriment des mariages est, selon le sociologue, une illustration de cette volonté d’autonomie. "Les personnes en couples veulent une protection mais pas d’engagement qui les lie au point d’être emprisonnées dans une institution. Les couples espèrent toujours que la relation va durer. Mais ils envisagent aussi la rupture et trouvent un intérêt à ne pas mettre tous les œufs dans le même panier", poursuit celui qui est aussi maître de conférences à l’ULg.

Le sociologue de la famille insiste tout de même sur la diversité des couples et rappelle que ces tendances n’imprègnent pas la société de manière égale.

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Quelques témoignages

“Parler argent, c’est un tue-l’amour”

Claire, 18 ans, est en couple depuis 5 mois. Jamais le sujet de l’argent n’a été mis sur le tapis. “Je ne sais pas combien mon copain gagne tous les mois, je ne sais pas s’il a de l’épargne. Et d’ailleurs, ça ne m’intéresse pas. Lui non plus ne sait pas combien je gagne. Parler d’argent en début de relation, c’est un tue-l’amour. Cela viendra peut-être plus tard”, confie la jeune femme. Si elle devait emménager demain avec son Jules, elle estime que les dépenses devraient être partagées de manière égale. “Dans un couple, j’estime qu’il faut payer chacun la moitié des dépenses communes. Si l’un gagne beaucoup plus que l’autre, alors c’est normal qu’il participe un peu plus.”

“L’argent, notre sujet n° 1 de discussion”

Simone et Federica sont respectivement en recherche d’emploi et étudiante. À l’heure actuelle, ils n’ont aucun revenu. “Alors oui, on parle beaucoup d’argent. C’est peut-être même notre sujet n° 1 de discussion”, explique le jeune homme. “Surtout que Federica est actuellement en Erasmus en Espagne; alors on vit à distance. Connaître l’état de nos ressources respectives est important pour savoir quand on va se voir, quelles activités on va prévoir”, détaille le jeune homme. Et ils ne comptent pas arrêter de parler argent quand ils auront des revenus plus importants. “Dans un couple, on aborde les situations ensemble. Parler d’argent fait partie de la vie de couple”, affirme Simone.

“L’argent n’est pas un sujet tabou”

Gilles et Françoise est un couple qui a peu de secrets. “Chacun connaît les ressources financières de l’autre; l’argent n’est pas un sujet tabou”, affirme Françoise. Lorsqu’ils ont commencé à cohabiter il y a 34 ans, chacun avait déjà investi dans l’immobilier. Il n’a donc jamais été question de remboursements communs. Quant aux dépenses, Françoise et Gilles s’arrangent pour qu’aucun des deux ne se sente lésé. “Quand il vient chez moi, c’est moi qui paye; quand je vais chez lui, c’est lui qui paye. De cette manière, chacun participe”, répond Françoise. “Par contre, quand on voyage, c’est plutôt lui qui paye car il a de plus gros revenus. Au final, c’est assez équilibré.”

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Remboursement : les femmes payent-elles trop ?

80 % des couples propriétaires ont enregistré leur habitation au nom des deux partenaires, selon l’enquête Iliv. Mais les frais ne sont pas partagés de la même façon chez tout le monde : seuls 39 % des partenaires/propriétaires paient une partie du remboursement de l’emprunt proportionnelle à leurs revenus et 61 % ne le font pas. C’est-à-dire que de nombreuses femmes paient autant que leur conjoint pour le remboursement alors qu’elles gagnent moins que lui. En Belgique, les hommes gagnent en moyenne 10 % de plus que les femmes, selon un rapport publié en 2014 par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. “La manière de choisir le mode de remboursement varie en fonction de la conception de la notion de justice. Certains couples estiment qu’il faut tout partager de manière égale, d’autres pensent qu’il faut participer proportionnellement à son revenu. Enfin, certains couples trouvent un compromis : ils payent le même montant pour le remboursement de l’emprunt. Mais celui qui a le plus de revenus participe davantage pour d’autres dépenses. Je ne serais pas étonné que le mode de participation choisi soit lié aux conceptions politiques du couple”, analyse Laurent Nisen, coordinateur du panel de démographie familiale à l’Université de Liège (ULg).