Argent Ce n’est pas le moindre des paradoxes : le gouvernement va lancer dans les prochains mois le fameux emprunt populaire, destiné à encourager le glissement des dépôts à court terme - les comptes d’épargne - vers les placements à plus long terme - bons de caisse de minimum cinq ans - alors même qu’il s’est ingénié ces derniers temps à matraquer justement les placements à long terme !

Voilà deux ans à peine, le précompte sur les bons de caisse était de 15 %. Il est aujourd’hui de 25 %, par la bonne grâce de deux hausses successives, en janvier 2012 et 2013. Pas vraiment de quoi pousser les ménages à opter pour cette gamme de produits, d’autant que les taux proposés sont particulièrement faibles.

Le 1er janvier dernier, la taxe frappant depuis 2006 les nouveaux versements sur des produits d’assurance de branche 21 et 23 est, elle, passée de 1,1 % à 2 %. Or, que font les assureurs ? Ils investissent, justement, dans le long terme.

Et, cerise sur le gâteau, si l’on ose dire, ce même gouvernement n’a absolument pas touché, jusqu’à présent, au compte d’épargne, qui conserve encore une fiscalité bien plus avantageuse (15 % de précompte) et exclusive (exonération de précompte pour la première tranche de 1 880 euros d’intérêts).

Allez comprendre…

Dès le 1er novembre, vous pourrez toutefois bénéficier d’une petite fleur de la part du gouvernement : le "prêt citoyen thématique" bénéficiera, en effet, d’un précompte réduit à 15 %.

Ce n’est toutefois pas ce petit geste - redonner d’une main ce qu’il a pris de l’autre - qui va fondamentalement renforcer l’attractivité de cette gamme de produits.

Le bon de caisse à cinq ans de BNP Paribas Fortis propose, par exemple, un rendement de 2,20 % brut, soit 1,65 % avec un précompte de 25 % et 1,87 % net avec un précompte de 15 %.

Certes, 1,87 %, c’est quand même plus intéressant que 1,65 %, mais de là à susciter un élan populaire…

Le désamour des Belges

C’est justement la faiblesse des taux qui a creusé la tombe des bons d’Etat : la dernière émission, en juin, a récolté moins de 10 millions d’euros, contre près de 6 milliards en décembre 2011 (les fameux "emprunts Leterme").

Il ne faut pas aller chercher bien loin les raisons de ce désamour : le bon à cinq ans de décembre 2011 offrait un taux brut de 4 % avec un précompte de 15 % - soit 3,4 % net - alors que l’émission de juin de même échéance proposait 0,75 % brut, soit 0,56 % net. Une misère !

Pour que "le prêt thématique citoyen" destiné à soutenir l’économie réelle soit populaire, il faudra donc attendre une nette remontée des taux, qui n’est sans doute pas encore à l’ordre du jour.

Du coup, l’épargnant aura sans doute tout intérêt à continuer à privilégier le bon vieux compte d’épargne, dont l’encours total va bientôt atteindre les 250 milliards d’euros.

Les meilleurs comptes offrent encore actuellement de l’ordre de 1,80 % à 2,20 % net, soit des rendements équivalents ou supérieurs à celui d’un bon de caisse à cinq ans, même avec un précompte de 15 %.

Certes, la tendance des taux sur les comptes d’épargne a été résolument à la baisse, ces derniers temps, et de nouveaux mouvements vers le bas ne sont pas à exclure.

Il n’en reste pas moins que le compte d’épargne a le gros avantage d’offrir une liquidité importante : vous pouvez puiser dans cette réserve quand bon vous semble, alors que vous devrez patienter cinq ans peut-être avant de revoir la couleur de l’argent investi dans un bon de caisse.

C’est dire qu’il faudra attendre que l’écart de rendement entre compte d’épargne et bons de caisse soit bien plus important qu’actuellement - la différence est pourtant de 1 % chez BNP Paribas Fortis entre le 0,70 % de la plupart de ses comptes d’épargne et le 1,65 % net d’un bon à cinq ans - pour que le citoyen se tourne vers le prêt thématique.

Il n’y a donc aucune raison, pour l’instant, de s’attendre à une ruée sur un produit qui est pourtant censé donner de l’oxygène à l’économie réelle. Et c’est bien dommage…