Auto-moto C'est l'objectif lancé par le gouvernement dans un pays où 2.3 millions d'habitants meurent chaque année à cause de la pollution, selon Greenpeace


Rendez-vous compte du défi, 28,6 millions de voitures en Inde, une population qui atteint le millard d'individus, un marché automobile en pleine expansion, avec des infrastructures routières qui, en gros, restent à contruire et une décision gouvernementale qui tombe comme un cycliste perdu dans ce trafic déjà chaotique: en 2030, toutes les voitures commercialisées devront être électriques!

C'est le ministre d’État en charge de l’Énergie, des énergies renouvelables, des mines et du charbon, Piyush Goyal qui a annoncé la mesure. " Nous voulons intégrer en masse les véhicules électriques, explique-t-il. Nous allons rendre les véhicules électriques indépendants Le but est que d’ici 2030, plus une seule voiture fonctionnant à l'essence ou au diesel ne sera vendue dans le pays."

Pas de bornes mais un échange de batteries


Inutile de préciser que le pari est colossal dans un pays qui manque de beaucoup de choses et parfois de l'essentiel. En outre, le chemin choisi par le gouvernement indien est loin d'être le plus aisé. Complètement à l'opposé de ce qui se fait aux Etats-Unis et en Europe, les instances dirigeantes indiennes semblent vouloir opter pour un système de batteries remplaçables. En pratique, les conducteurs amèneraient leur voiture à une station pour y échanger leur batterie vide contre une autre (forcément) chargée. Le système de bornes appliqué chez nous n,'aurait pas trouvé grâce aux yeux des spécialistes consultés par le ministre Goyal.

Ce qui est amusant, c'est qu'il fut un temps, pas si reculé d'ailleurs, où le précurseur Tesla avait envisagé un système semblable aux Etats-Unis (d'abord) avant de faire machine arrière et de lui préférer les bornes de recharge rapide (Supercharger) comme il en existe déjà aujourd'hui un peu partout dans le monde, y compris chez nous.

Les premières démarches dans le sens du tout électrique seront entreprises dans les grandes villes où la pollution défie l'entendement. On rappellera que l'enquête Airpocalypse de Greenpeace, effectuée début de cette année. pointait la pollution comme responsable de quelque 2,3 millions d'Indiens chaque année.

L'Inde se situait, il y a trois ans encore, au troisième rang mondial en matière d'émissions de gaz à effet de serre, en particulier de CO2, avec 6,2 % des émissions mondiales, derrière la Chine (28 %) et les États-Unis (16 %).

On ose espérer que l'Inde, dans la nouvelle démarche automobile qu'elle annonce, ne s'appuiera pas sur ses centrales à charbon très polluantes pour produire l'électricité nécessaire à ce projet ambitieux, elle est qui le 3e producteur mondial de charbon (mais aussi le 12e producteur mondial de l'énergie nucléaire).

Une lueur d'espoir, l'Inde dispose d'un potentiel important dans le domaine des énergies renouvelables, lesquelles couvraient 25,3 % de la consommation d'énergie primaire (surtout la biomasse : 23,5 %) et assuraient 15,5 % de sa production électrique en 2014 (via l'hydroélectricité (10,2 %), l'éolien( 2,9 %), la biomasse (1,9 %) et le solaire (0,4 %) ). Le gouvernement indien avait d'ailleurs déjà annoncé, en mars 2015, d’ambitieux objectifs de déploiement d’énergies renouvelables, visant à multiplier par plus de quatre leur puissance installée, surtout dans le solaire, d’ici à 2022.

Mais de là à ne plus vendre que des voitures électriques à l'horizon 2030 dans une marché automobile qui ne peut que grandir, il y a un gouffre qu'il va être bien difficile de combler...