Auto-moto Baloise Insurance vient de clôturer une phase test. Avant un développement à plus grande échelle ?

Une boîte noire analysant à chaque instant votre conduite permet d’améliorer votre comportement au volant, selon le test mené ces derniers mois par la compagnie Baloise Insurance auprès de centaines de conducteurs volontaires.

À une condition toutefois : que le conducteur suive régulièrement son comportement via une application spécifique.

Le changement peut alors être spectaculaire : deux conducteurs sur trois ayant un problème de vitesse ont adopté un comportement plus raisonnable leur ayant permis de revenir dans la catégorie bons conducteurs.

De même , près de quatre conducteurs sur dix roulant trop vite dans les tournants ont adopté une vitesse plus raisonnable.

"Le fait de prendre conscience de ses comportements, via les scores, influençait par la suite l’accélération (54 %), le freinage (65 %) et la vitesse (77 %) du conducteur" , relève Baloise Insurance dans son analyse de ce test. "Deux conducteurs sur trois ont même spontanément déclaré être devenus de meilleurs conducteurs grâce aux scores."

C’est d’autant plus encourageant que la moitié des volontaires ayant participé à ce projet se sont révélés, dès le départ, de bons conducteurs. Ils étaient alors 62 % à être catalogués directement comme bons conducteurs. À l’inverse, les personnes n’ayant jamais consulté leur analyse de conduite sont, dans deux cas sur trois, dans le rouge.

Le test permet aussi d’étayer certains types de comportement.

Ainsi, les femmes sont considérées comme de meilleures conductrices que les hommes. L’examen des données recueillies a plutôt tendance à le confirmer : elles sont 55 % à rouler plus prudemment, contre 41 % pour les hommes, "notamment parce qu’elles freinent moins souvent brusquement que les hommes (17 % contre 10 %)". Or, de fréquents freinages brusques traduisent un comportement plus agressif au volant, ce qui est en soi plus sujet à la survenance de sinistres.

Les conducteurs de grosses voitures ont aussi tendance à rouler moins prudemment que les personnes ayant un véhicule plus petit.

L’étude ne précise toutefois pas si ce comportement est lié au fait que les conducteurs de grosses cylindrées ont souvent des voitures de sociétés : avoir le pied lourd quand on ne paie pas le carburant, par exemple, peut être l’un des facteurs.

Les jeunes, enfin ont des scores plus faibles que les plus de 40 ans. "Ce serait une bonne chose de pouvoir surveiller activement le comportement des jeunes au volant pendant leur apprentissage ainsi que tout au long de leur première année de conduite", note Bart Walraet, porte-parole de Baloise Insurance.

L’analyse du comportement des conducteurs peut également permettre de détecter des points noirs sur les routes : si tout le monde freine au même endroit, c’est qu’il y a danger. D’où, aussi, la possibilité d’en informer les autorités et d’éviter des sinistres.

Il reste à Baloise Insurance à traduire dans les faits les résultats de ce test : proposer un bonus récompensant les bons conducteurs et incitant les autres à le devenir. "Ainsi, nous espérons faire diminuer le nombre d’accidents de la route."


"Notre but est de stimuler le safe driving"

Questions à Bart Walraet, porte-parole de Baloise Insurance

D’après votre test, un conducteur sur deux est un bon conducteur. Encourageant ou inquiétant ?

"Encourageant. Le défi est maintenant d’encourager les autres à améliorer leur comportement."

C’est quoi, en fait, être un bon conducteur pour une compagnie d’assurance ?

"Suivant les résultats du test, un bon conducteur a un comportement anticipatif : il garde suffisamment de distance par rapport au véhicule qui le précède, il accélère calmement et respecte les limitations de vitesse."

Vous planchez justement sur une adaptation de votre tarification en fonction du comportement du conducteur. Quel serait le gain financier pour le client ?

"Le but est avant tout de booster la sécurité routière. L’avantage va au-delà du gain financier en visant une sécurité plus grande pour le conducteur, les passagers et les autres participants au trafic. La hauteur du bonus et la façon dont il serait attribué sont encore à l’étude."

Cette tarification adaptée le sera-t-elle tant pour la RC que l’omnium ?

"C’est encore à l’étude."

La tarification pourrait-elle également être revue à la hausse en cas de comportement à risque ?

"Le but est de stimuler un comportement  safe driving , pas de punir. Un coaching positif et une récompense sont plus efficaces qu’une punition. Si les gens  décrochent suite à une prime plus élevée, nous passons à côté de l’objectif de plus de sécurité routière."

Une telle tarification ne va-t-elle pas pousser les conducteurs à risque à la concurrence ?

"L’installation du dongle n’est pas obligatoire. Les conducteurs auront le choix chez Baloise, soit d’entrer dans le concept d’une assurance qui tient compte de l’enregistrement du comportement, soit de s’assurer suivant une police traditionnelle."

Quelles seraient les conséquences d’un accident en tort pour les clients ayant opté pour une telle tarification ?

"Les mêmes conséquences que pour les autres conducteurs, à savoir l’application du système bonus-malus."

Les jeunes seront-ils une cible spécifique dans votre approche tarifaire ?

"Nous ne visons pas spécifiquement les jeunes mais l’approche peut générer des bonus rendant les tarifs plus abordables pour des jeunes motivés par le safe driving."

Pourquoi avoir intégré la distance parcourue et la localisation à l’arrêt dans votre test ?

"La distance parcourue est un indicateur du risque qui augmente avec le nombre de kilomètres parcourus. La localisation à l’arrêt pourrait être intéressante en cas de vol de la voiture."

Cette analyse du comportement du conducteur n’a-t-elle pas ses limites ? Je peux être considéré comme bon conducteur tout en franchissant les lignes blanches, en forçant les feux passant à l’orange ou encore en restant scotché sur la bande du milieu sur l’autoroute ?

"En effet, cette technologie ne mesure pas encore tous les paramètres de conduite mais ceux qui sont choisis sont des bons indicateurs de bonne conduite. Les conducteurs qui ont une bonne cote sur ces paramètres auront sans doute un comportement sûr de manière générale. Nous sommes conscients que cette analyse n’est qu’un moyen parmi d’autres pour augmenter la sécurité routière et qu’il y a certainement encore d’autres concepts qui peuvent y contribuer. C’est la raison pour laquelle nous avons conclu un partenariat de collaboration avec l’IBSR."


Les comportements à éviter

Pourquoi s’intéresser à votre accélération ou au type de freinage du conducteur ? Tout cela a en fait une influence globale sur la sinistralité du conducteur.

Vous appuyez trop fort sur l’accélérateur  ? Ce n’est pas une bonne chose. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un conducteur accélérant modérément peut être plus réactif, surtout en ville. Et la réactivité permet d’éviter des tôles froissées.

Vous freinez brusquement ?  C’est problématique si ces coups de frein secs sont fréquents. Pourquoi ? Cela traduit un manque d’anticipation : vous freinez lorsque l’obstacle survient alors que vous devriez plutôt l’anticiper.

Vous prenez les virages à vitesse élevée  ? Ce n’est pas apprécié non plus : vous pouvez plus facilement perdre le contrôle du véhicule, voire rater la sortie du virage.

Vous roulez trop vite  ? Pas besoin de vous faire un dessin : rouler plus vite que la limite autorisée vous fera perdre des points. Beaucoup de points même, si vous êtes bien au-delà de la vitesse autorisée.

Vous roulez beaucoup ?  Plus vous roulez, plus vous risquez d’avoir un accident. Mais il y a kilomètre et kilomètre : rouler en ville ou sur autoroute, rouler de jour ou de nuit sont autant de facteurs pris en compte.