Auto-moto La firme à l'étoile entend mettre à jour un dispositif légal mais exploitant une faille du règlement. Seuls les moteurs diesel sont impliqués.

Le constructeur automobile Daimler a annoncé mardi étendre une mesure de rappel inédite pour lui en Europe et d'une ampleur inattendue
"Afin d'améliorer efficacement le niveau d'émissions de davantage de modèles, Daimler a décidé d'étendre son action (de rappel) volontaire pour y inclure plus de trois millions de véhicules de la marque." Telle est la version officielle, délivrée par un communiqué issu par le constructeur allemand.

"En réalité, en développant les nouveaux moteurs, nous avons remarqué que le dernier logiciel en activité était plus efficace et partiellement transférable sur d'autres moteurs diesels existants,
explique de son côté Christophe Vloebergh, responsable de la communication de la firme à l'étoile en Belgique. " Dès lors, voici un an déjà, Mercedes avait effectué une action de service, à titre volontaire, sur un million de véhicules. Vu le succès de cette action, Daimler a étudié la possibilité de l'élargir sur d'autres voitures de la gamme, d'où cette décision d'étendre l'action à 3 millions de véhicules supplémentaires." 

Une action qui a un coût et non des moindres: 220 millions d'euros, mais, comparé au prix de développement du moteur utilisant le nouveau logiciel, autrement dit 3 milliards, l'investissement demeure plutôt minime.

Une enquête des autorités allemandes en 2016

Dans la foulée du scandale du dieselgate chez Volkswagen, voici deux ans, les autorités allemandes avaient mené une enquête qui avait révélé des irrégularités sur les émissions polluantes de 16 marques automobiles en Allemagne. Les cinq marques allemandes impliquées avaient immédiatement rappelé plus de 600.000 de leurs véhicules en Europe, dont quelque 280.000 pour Daimler. Mais, selon toute vraisemblance, ces irrégularités ne relèvent pas de la même tricherie que celle de VW, qui avait manipulé les émissions polluantes de ses véhicules diesel.

Les constructeurs, pas seulement allemands du reste, ont longtemps profité d'une faille dans la réglementation européenne pour désactiver le filtrage des émissions polluantes dans certaines conditions, notamment en cas de températures extérieures basses, prétextant qu'il s'agissait avant tout de protéger le moteur des véhicules. Une sorte d'optimisation juridique -- un peu comme d'autres entreprises pratiquent l'optimisation fiscale -- mise à profit pour désactiver le filtrage de ces émissions. C'est dans ce cadre qu'a lieu ce dernier rappel volontaire.

Inutile de dire que l'affaire fait quand même grand bruit et que les soupçons de tricherie, contexte VW aidant, planent sur le constructeur premium allemand.
"Le débat public autour des moteurs diesel crée de l'incertitude, en particulier pour nos clients. C'est pourquoi nous avons décidé de mesures supplémentaires pour rassurer les conducteurs de voitures diesel et renforcer la confiance dans la technologie diesel», a tenté d'argumenter Dieter Zetsche, le patron de Daimler dans le communiqué.

Les gens de Mercedes que nous avons pu approcher aujourd'hui demeurent apparemment sereins, mais ne peuvent malgré tout cacher leur inquitétude, voire leur désarroi face à l'ampleur de la tempête médiatique qui s'annonce.

On verra dans les jours ou les semaines qui viennent quels seront les enseignements à tirer de cette affaire, si affaire il y a vraiment. Une conclusion est toutefois claire à nos yeux:  que ce soit dans un contexte automobile, commercial, financier ou sportif, on flirte décidément toujours avec la limite. Reste à savoir de quel côté on se trouve par rapport à la ligne rouge. Juste au-dessus ou juste en dessous, c'est toute la différence entre une tempête dans un verre d'eau et un véritable scandale. Dans ce cas précis, de santé publique...