Auto-moto Renault et PSA (Peugeot, Citroën et Opel, depuis peu) se seraient entendus par le biais d’un logiciel commun.

Un nouveau parfum de scandale flotte sur l’industrie automobile, dont le fumet émane des concessions françaises du groupe PSA (Peugeot, Citroën et, depuis peu, Opel) et Renault. L’odeur est inédite, mais repique quelques essences bien connues : un logiciel truqueur en note de tête, une petite entente entre amis et des millions amassés sur le dos des conducteurs payeurs ou de leurs organismes d’assurance, pour affiner la senteur.

L’affaire, sans commune mesure avec le Dieselgate, est révélée par Mediapart et le réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC), et fait état d’un profit indu estimé à 1,5 milliard d’euros, somme amassée en dix ans par les deux groupes automobiles. PSA et Renault auraient, en substance, secrètement gonflé les prix de certaines pièces détachées grâce à l’utilisation d’un logiciel spécifique.

Selon des documents obtenus par le réseau de médias EIC et Mediapart, Renault et PSA ont en effet utilisé le même logiciel, Partneo, afin d’augmenter discrètement le prix de pièces détachées dites captives (commercialisées par le constructeur uniquement, situation monopolistique, donc) de 15 % en moyenne. On parle essentiellement d’éléments de carrosserie.

Partneo, vaste programme de calcul bondé de références, dispose d’un algorithme puissant qui aide les constructeurs à établir les prix de vente des pièces détachées. Le couac : le logiciel est accusé d’avoir pris en compte des critères tels que la valeur perçue, soit l’idée des tarifs que l’acheteur se fait de la pièce.

Quitte à vendre certains éléments des dizaines de fois plus cher que leur prix de revient, tout en dissimulant la hausse globale en baissant le prix de quelques pièces...

Renault et PSA auraient ainsi généré 100 millions d’euros de profits supplémentaires par an au niveau mondial, soit un total de 1,5 milliard d’euros, assure Mediapart. C’est que Partneo tapait fort : + 264 % pour une protection de roue de Dacia Sandero, + 100 % pour un rétroviseur de Clio III...

Alertée en 2017 sur des soupçons de pratique concertée anticoncurrentielle, l’Autorité de la concurrence n’a pas donné suite à la procédure, estimant à l’époque ne pas avoir assez d’éléments à sa disposition. L’Autorité recommande néanmoins depuis 2012 la fin du monopole des constructeurs sur les pièces visibles de carrosserie.

Sollicité par Mediapart, Renault a démenti tout échange d’informations avec son concurrent et assure que les chiffres avancés par le site "ne correspondent pas" à leurs données. PSA, de son côté, "conteste totalement" les accusations qu’il juge "infondées".

Reste que le document, très fourni, publié par Mediapart sur dix pages, jette le trouble.

Comme de coutume dans ce type de scandale, c’est un partenaire lésé qui aurait révélé le pot aux roses. "Nos documents, écrit Mediapart, sont issus d’une procédure judiciaire intentée au civil devant le tribunal de commerce de Paris par l’inventeur du logiciel, Laurent Boutboul. S’estimant lésé par Accenture lors du rachat de sa société en 2010, il accuse aujourd’hui le géant du conseil, Renault et PSA, d’avoir utilisé son système pour coordonner les hausses de tarifs, en violation des règles de la concurrence."

A. Ca.