Auto-moto Des caméras et un écran numérique pour remplacer les rétros : le Japon est le premier à donner son feu vert. Avant l’Europe.

Le vieux caprice des designers automobiles est-il sur le point de se réaliser ? Vont-ils pouvoir, comme ils le font sur la majorité de leurs prototypes eu autres concept-cars, prochainement, dessiner les véhicules qui fouleront nos routes bien des mois plus tard, en n’étant plus forcés d’arborer ces oreilles à miroirs qui les gênent tant ? Et nous, conducteurs, devrons-nous, pour l’achat de notre prochaine auto, réapprendre à conduire, en troquant le fameux double coup d’oeil dans le rétro par un contrôle de l’écran numérique de l’habitacle ? Tout cela, tenez-le vous pour dit, ne tient en rien de l’automobile-fiction.

Le Japon est devenu, cet été, le premier pays au monde à rendre légale la commercialisation et l’utilisation de voitures sans rétroviseurs. La technologie, depuis longtemps déjà, est prête, en attente du premier geste du législateur. Maintenant que ce premier pas a été fait, grandes sont les chances que l’Europe, dans les mois ou années qui viennent, suive le mouvement.

Bien entendu, supprimer les rétros ne signifie pas faire un trait sur la sécurité routière. Que du contraire. Le système des rétros à miroirs serait tout simplement remplacé par un combi caméras + écran(s) numérique(s) au sein de l’habitacle.

Par rapport aux rétroviseurs à base de miroirs, les caméras et écrans auraient plusieurs avantages, notamment en termes de sécurité, en offrant un angle de vue très supérieur, qui éviterait les angles morts. Il est aussi possible d’adapter l’affichage, par exemple pour mieux voir la nuit, avec l’utilisation de caméras infrarouges. Enfin, la suppression des rétroviseurs sur le côté de la carrosserie permettrait de gagner légèrement en poids et en aérodynamique, ce qui aurait pour effet de rendre le véhicule ainsi équipé moins gourmand en consommation de carburant.

Bémol : voilà des décennies que les conducteurs du monde entier roulent en adoptant la gymnastique du regard gauche-droite dans les rétros… Comment briser cette habitude ? Faudra-t-il intégrer deux écrans de part et d’autre de l’habitacle ? Tout centraliser dans un écran panoramique central ? Ou directement en projection dans le pare-brise, façon affichage tête haute comme le proposent déjà plusieurs constructeurs en option ?

Ces options restent à défricher. Mais il fait peu de doute que votre prochaine voiture, ou votre prochaine prochaine, fasse l’impasse sur les rétros, qui ont accompagné l’automobile depuis ses débuts. La première auto sans rétro produite de série pourrait, déjà, être présentée en 2017 !

Benoît Godart porte-parole de l’institut belge pour la sécurité routière (IBSR)

L’IBSR n’est pas contraire

"La réglementation européenne est déjà prête pour ce type de technologie, dit à vision indirecte (règlement 46 de l’UNECE, United Nation Economic Commision for Europe). L’IBSR n’a pas fait d’étude sur le sujet mais la présence d’une réglementation (et d’une homologation) nous permet de croire que les solutions présentes sur le marché respectent un cahier des charges très exigeant. Les avantages cités (hors impact sur la consommation) sont le fait que les caméras sont notamment moins sensibles aux intempéries et que la sensibilité des caméras permet une meilleure visibilité de nuit sans être ébloui par les phares des autres voitures. Il n’y a, par ailleurs, plus de réglages à faire en fonction de la taille du conducteur."