Batibouw

Batibouw a ouvert ses portes aux professionnels hier. Le grand public devra encore patienter jusqu’à samedi

BRUXELLES Avec près de 1.000 exposants répartis sur une surface de plus de 120.000 mètres carrés, Batibouw est le plus grand salon de la construction et de la rénovation du Benelux. Avec une particularité d’importance : on y vient avec un projet concret, là où d’autres salons se visitent en touriste. Pour Geert Maes, tous les indices sont au vert pour que l’édition 2013 soit un succès.

La crise a-t-elle eu un impact sur les exposants ?

“On a enregistré quelques désistements, mais on n’a pas eu le moindre mal à les remplacer. Batibouw est un salon d’une telle importance, en nombre d’exposants, surface et nombre de visiteurs tant professionnels que particuliers, qu’il est un incontournable. Les exposants le savent et s’ils doivent faire l’impasse sur une expostion, ce n’est pas Batibouw qui en souffre, mais plutôt les salons régionaux.”

Les visiteurs y viennent-ils toujours avec le même état d’esprit ou reportent-ils leurs projets à cause de la crise ?

“Je n’ai rien contre le Salon de l’auto, mais Batibouw est un salon à part. Celui qui a perdu son emploi se rendra peut-être au Salon de l’auto parce qu’il aime les belles voitures, même s’il n’a aucune intention d’en acheter une. En revanche, les visiteurs qui viennent à Batibouw n’ont pas de temps à perdre dans les allées. Ils ont un projet concret et entendent trouver ici les solutions. Cependant, il n’est pas exclu qu’ils en profitent pour revoir quelque peu leur enveloppe budgétaire. Avoir une brique dans le ventre fait partie de l’ADN du Belge et ce n’est pas près de changer.”

A-t-il encore les moyens de réaliser ses rêves ?

“Il est clair que tout le monde rêve d’une belle villa 4 façades au calme. Mais la donne a bien changé. Pour des raisons économiques, d’abord. Les terrains sont devenus rares et chers. On constate aussi que les facilités offertes par la ville (transports, loisirs, magasins, etc.) sont devenues une priorité. Jadis, les jeunes couples fuyaient la ville pour s’offrir une maison à la campagne. Ce temps est révolu. Les jeunes couples préfèrent désormais les avantages de la ville, en oubliant les inconvénients. Après leurs études, ils y restent et y fondent un foyer. Ce changement permet aussi d’éviter d’avoir deux voitures dans le couple et donc un peu plus d’argent à consacrer au logement. L’exode à la campagne est donc enrayé. De même, les couples de 45 à 50 ans dont les enfants ont quitté le foyer aspirent eux aussi à un retour en ville.”

Ils doivent alors faire une croix sur la villa 4 façades…

“C’est clair. Mais les espaces de vie ont changé. Sur une superficie plus petite, on peut donc conserver les avantages d’une maison plus vaste à la campagne. En faisant l’impasse sur le hall d’entrée, par exemple, ou en intégrant le dressing et la salle de bains dans la chambre, le tout sur un espace sans murs. Les autorités publiques ont bien compris l’attrait des villes. Et elles investissent dans des espaces verts ou développent des partenariats avec le privé pour construire des logements. C’est une opération win-win.”

Ce retour à la ville dope-t-il le secteur de la rénovation ?

“Cela va de pair. La construction neuve souffre quelque peu de la crise et de la rigueur des banques qui se montrent plus strictes dans l’octroi des crédits hypothécaires. Avec plus de 2 millions de maisons anciennes sur le marché, il est clair que la rénovation a encore un bel avenir. S’il est aujourd’hui facile de construire une maison basse énergie, le vrai défi est de proposer des solutions adaptées pour l’immobilier ancien. Et ces solutions existent.”

Est-ce que les fabricants recentrent leurs activités vers les fondamentaux, oubliant quelque peu l’innovation en ces temps de crise ?

“Au contraire, c’est précisément quand la crise est là qu’il faut se montrer innovant. L’immobilier sait se montrer créatif et séduit. Car investir dans la brique n’est jamais un investissement perdu. Rien qu’en matière énergétique, notamment sur le plan de l’isolation, les investissements peuvent se montrer rentables rapidement et augmentent la valeur de revente des biens.”

Pourtant, sur ce plan, le gouvernement fédéral et les entités régionales ne se montrent plus aussi généreux en rabotant sur les primes…

“Il est clair que les gouvernements n’aident pas toujours le secteur. Si on peut comprendre qu’il n’est plus utile de donner autant de primes pour l’installation de panneaux photovoltaïques puisque leur prix a baissé, il est cependant important qu’une ligne de conduite plus stable soit installée pour plusieurs années afin de rassurer les candidats bâtisseurs ou à la rénovation. De même, l’incertitude qui plane sur le futur de la déduction fiscale des crédits hypothécaires, matière qui sera régionalisée, peut constituer un frein pour le consommateur. Mais vu les taux des crédits hypothécaires, au plus bas actuellement, et la quasi-certitude de voir le prix des matériaux augmenter à l’avenir, c’est au contraire le moment de passer à l’action.”



© La Dernière Heure 2013