Consommation La consommation n’a pas baissé en Belgique, mais les ventes trinquent au profit des achats transfrontaliers.

Deux ans après l’augmentation des accises sur le vin et les spiritueux, l’heure des bilans a sonné. Et force est de constater, comme le souligne Vinum et Spiritus, que la mesure n’a pas eu du tout les effets escomptés, tant en matière de recettes supplémentaires pour le gouvernement (accises et TVA) que sur le plan de la diminution de la consommation d’alcool en Belgique.

"Pour nous, la voie choisie par le gouvernement Michel n’est pas la bonne. Augmenter les accises n’entraîne pas de baisse de consommation, surtout au niveau de la minorité qui a un réel problème de surconsommation" , indique Geert Van Lerberghe, directeur général de la Fédération belge des vins et spiritueux. "Il existe toutefois d’autres options. De nombreux pays n’ont pas opté pour une augmentation des accises, mais préféré une implication de tous, y compris les représentants du secteur, pour développer des solutions apportant des résultats dans la lutte contre la consommation problématique. En Belgique, on semble aveuglément vouloir poursuivre la politique de l’augmentation des accises, alors que cela n’apporte pas de résultats, voire a des effets contradictoires."

Si Geert Van Lerberghe ne nie pas qu’il faut s’attaquer au problème d’une consommation abusive d’alcool, il ajoute que "contrairement au tabac, la consommation d’alcool devrait pouvoir être acceptée dans un mode de vie équilibré. On sait, d’après les études, qu’il existe 94 % de consommateurs responsables. Mais en prenant des mesures radicales comme cela a été fait, on veut faire croire que l’ensemble de la Belgique a un problème avec l’alcool. Plutôt que d’utiliser le mécanisme de l’augmentation des accises, il faudrait prendre des initiatives pour changer le mode de consommation."

Car les chiffres tendent à prouver que l’impact du tax shift est passé à côté des objectifs. "La mesure n’a pas généré les recettes budgétisées dans les caisses de l’État. D’une part, les accises auraient dû rapporter 1,956 milliard sur la base de l’augmentation pour 2016 et 2017, soit 1,666 milliard entre janvier 2016 et septembre 2017. Or, elles ne s’élèvent qu’à 1,424 milliard, soit 242 millions de moins que prévu en vingt et un mois. Pareil, du côté de la TVA. Les recettes ont été inférieures de 73 millions en 2016 et s’élèvent déjà à 41 millions cette année."

Au total, les recettes des droits d’accises et de la TVA liées à la vente de boissons alcoolisées en Belgique sont inférieures de 356 millions d’euros à ce qu’avait budgété le gouvernement fédéral. Un trou que réfute le cabinet du ministre des Finances.

"Lorsque nous évaluons la politique en matière d’accises, nous prenons toujours en compte tous les facteurs pertinents, comme les effets sur les soins de santé, les recettes fiscales et le comportement des consommateurs. Dans ce cadre, nous menons un dialogue avec les secteurs concernés. Si les volumes ont effectivement baissé en 2016, nous constatons, pour les boissons fortes, une augmentation de 0,61 % entre janvier et août par rapport à l’année passée."